La mafia et l'industrie pornographique

La mafia et l'industrie pornographique
Aux États-Unis, l'industrie du cinéma porno n'est pas infiltrée par la mafia, ni même en "odeur de mafia". Le porno-business est, dès l'origine, une pure et simple création de la mafia italo-américaine, sa chose, sa "gagneuse" comme on dit dans le milieu.
Dans les années 60, la vague hippie peace and love, l'amour libre, font exploser la consommation des drogues et de pornographie.
Sur-le-champ (autre preuve de son redoutable opportunisme) la mafia saute sur l'occasion. Elle fait du porno l'équivalent de l'alcool clandestin à l'époque de la prohibition : une énorme source d'argent liquide, associée à une gigantesque lessiveuse à argent sale.
Ainsi, quel est le premier film culte du porno américain ? Deep Throat. Tourné en 1972 (et en dix-sept jours) en Floride, Deep Throat a coûté 26 000 dollars à réaliser. Il rapporte à ses producteurs mafieux 600 millions de dollars.
La vedette de Deep Throat est Linda Lovelace, qui devient vite la première superstar du showbiz porno, dans une ambiance très "libération de la femme". Jolie libération : loin d'être consentante, Lovelace est la victime d'un proxénète brutal (son propre mari) qui, après l'avoir droguée et prostituée, la place devant les caméras sous la menace d'une arme à feu et la frappe sans la moindre hésitation, sans lui verser un dollar pour ses "prestations". Afin de réussir les fellations du film sans s'étouffer, elle a dû subir un entraînement pour apprendre à avaler entièrement un pénis. Pendant les mois qui ont suivi, de nombreuses femmes ont été hospitalisées aux États-Unis, victimes de viols de la 'gorge' du fait que leurs petits amis ont tenté de leur faire réitérer à la maison l'exploit de Lovelace, dans un état second et sous la menace.
Toute l'affaire figure dès 1980 dans Ordeal, livre où Linda Lovelace raconte entre autre que Deep Throat a été produit par Gerard Damiano, fondateur de DFP (Damiano Film Productions) qui vend peu après, un pistolet sur la tempe, ses droits sur Deep Throat à Anthony Peraino (soldat de la famille Colombo) et son fils Louis Peraino (associé de la famille Colombo). Contrôlée désormais par les Peraino, DFP réalisera les deux autres films de la trilogie porno culte des années 70 : Behind the green door et The devil in Miss Jones, films qui rapporterons également des profits gigantesques.
A l'époque, un reporter interviewe Gerard Damiano sur son éviction de sa propre société. Damiano a répondu : « Je ne peux rien dire... je risque ma vie ». Il a raison d'être prudent : entre 1975 et 1980, les guerres mafieuses pour le contrôle du porno (revues, films, sex-shops, salons de massage) ont fait 25 morts dans l'état de New York, sans compter les incendies criminels et autres attentats à la bombe.
Selon l'agent du FBI William P. Kelly « fondé sur vingt-trois ans d'enquêtes et d'études sur la pornographie, il est pratiquement impossible d'être dans le commerce de la pornographie sans traiter d'une façon ou d'une autre avec le crime organisé. »
En 1986, Daryl Gates, à l'époque chef de la police de Los Angeles, a déclaré : « le crime organisé a infiltré l'industrie du porno à L.A. en 1969, en raison des profits importants réalisés. Dès 1975, la mafia contrôlait 80% de cette industrie, aujourd'hui (1986) leur contrôle doit être de 85% à 90%. »
Au point que dès les années 80, les grandes familles de la côte Est des États-Unis ont un proconsul chargé de surveiller le porno business.
Par ailleurs, dès 1965, toutes les familles mafieuses d'Amérique du Nord investissent au même moment toute l'industrie du porno (hétéro, homosexuel, pédophile, zoophile, etc.).
"Joey the Hitman", un tueur de la mafia, à déclaré dans son livre, "The Life and Crimes of a Mafia Hitman" : « Le crime organisé a massivement investi dans le porno, dès le début des années 50 : importation ou impression de revues et de livres porno, jeux de cartes et objets érotiques (vibromasseurs, etc.), production et commercialisation de films et de spectacles,... On a investi dans les bars topless, les sex-shops, les salons de massage, les peep-shows*...
La mafia s'est intéressée aussi bien au marché hétéro qu'homo –et croyez-moi, le porno homo rapporte bien plus d'argent, car les produits se vendent bien plus cher** ».
Au fil des années, la liste des mafiosi impliqués dans le porno bizness s'est relativement allongée.
En 1980, une grande enquête du FBI, qui durera 3 ans, appelé MIPORN, démontre le contrôle mafieux sur toute l'industrie du vice (porno, salons de massage, sex-shops, etc.) MIPORN sollicitera au total 400 agents dans 13 métropoles et permet d'arrêter des mafiosi des familles Gambino (New York) et DeCalvacante (New Jersey).
Un succès momentané, car au début de la décennie 90, la mafia contrôle toujours le porno américain, mais différemment. Désormais, le commerce de détail (vidéos, revues, etc.) est exercé par des commerçants "honnêtes".
Sur l'ordre de John Gotti, la mafia se replie sur la duplication et la distribution des films. Une affaire lucrative : en 1992, la police locale estime qu'à New York le marché de détail du porno est d'environ 160 millions de dollars par an.

*un peep-show est un spectacle érotique ou pornographique (strip-tease, scènes à caractère sexuel). Certains bars proposent ce genre de spectacles, ainsi que des sex-shop.

**évidemment, le fait que la Cosa Nostra investisse dans le porno homo n'a qu'un but lucratif. Il est formellement interdit d'être à la fois membre de Cosa Nostra et homosexuel. Ainsi, le repenti Vincent "Vinny Ocean" Palermo (famille DeCavalcante) a avouer avoir ordonné en 1992 le meurtre de John D'Amato, en raison de l'homosexualité de ce dernier.

# Posté le jeudi 04 mai 2006 07:17

Modifié le mercredi 07 novembre 2007 06:18

De la Mano Nera à la Cosa Nostra

De la Mano Nera à la Cosa Nostra
La Mano Nera commença à décroître après qu'un policier Italo-américain nommé Joe Petrosino commence à enquêter sur l'organisation. L'agent de police devenait de plus en plus populaire en raison des sérieux coups portés à la Main Noire, mais aussi grâce au "cas Enrico Caruso". Le grand ténor Napolitain avait prévu de se produire au "Metropolitan Opera House", un opéra de New York, lorsque il reçut une note de l'organisation mafieuse exigeant de lui le paiement de 2000 dollars comme tribut pour chanter dans la ville. L'artiste pensa dénoncer le fait à la police, mais son représentant le convainquit de payer. Ce fut une erreur.
Une semaine plus tard, à la suite d'une répétition, Caruso trouva dans sa loge une note écrite qui disait : 15 000$, paie ou meurs.
Le chanteur suivit les instructions données sur la lettre pour le règlement et déposa la somme d'argent dans une usine désaffectée. Lorsque trois membres de la Mano Nera vinrent récupérer le paquet, ils furent arrêtés par la police. Les trois gangsters dénoncèrent deux hommes politiques qui étaient en relation avec le parrain Giuseppe Balsamo. Les trois hommes furent condamnés à quinze ans de prison pour extorsion.
Un mois plus tard, le célèbre ténor recevait chez lui, à Rome, une note anonyme l'accusant d'être un délateur et de collaborer avec la police. La lettre l'informait que, pour cette raison, il avait été condamné à mort. Un gangster de Chicago d'origine calabraise, Jim Colosimo, offrit à Caruso de faire annuler le contrat sur lui, à condition qu'il vienne chanter dans son bar, comme l'avait fait d'autres chanteurs d'opéra, mais Caruso préféra la protection policière de l'escadron de Petrosino ainsi que de gardes du corps, qui le protégèrent jusqu'à sa mort, le 2 août 1921, de septicémie.
En quatre années seulement, l'unité de Joseph Petrosino avait obtenu la détention de milliers de membres plus ou moins importants de la Main Noire. En 1908 par exemple, on enquêta sur 44 attentats à la bombe pour lesquels 70 membres de la Mano Nera furent condamnés. La plupart des condamnés furent déportés en Italie après avoir accompli leur peine.
Pour la main noire et Giuseppe Balsamo, Petrosino était un homme dont il fallait se débarrasser au plus tôt.
En janvier 1909, Theodore Bingham, le commissaire principal de la police, décida d'envoyer Petrosino à Naples afin d'établir des contacts avec les forces de police et le gouvernement italien.
L'idée était d'organiser une sorte de contrôle au moyen de visas remis aux Italiens condamné pour un délit et qui désiraient émigrer aux États-Unis. Petrosino parti pour Palerme, Sicile, afin de s'entretenir avec des informateurs, des hommes politiques locaux et des policiers.
Dans la soirée du 12 mars 1909, Petrosino était avec un informateur inconnu sur la Piazza Marina, à Palerme. Il pleuvait à verse, lorsque soudain retentirent quatre coups de feu. Atteint de trois balles (deux en pleine poitrine, une troisième lui brisant la mâchoire), l'agent spécial mourut sur le coup. Son corps resta étendu par terre au milieu d'une mare de sang jusqu'au matin. L'enquête sur sa mort révéla que l'assassin était Vito Cascio Ferro, un puissant mafioso local que Joe Petrosino avait fait déporter des États-Unis quelques années plus tôt, lorsque Cascio Ferro avait tenté d'étendre ses affaires à la Nouvelle-Orléans, Louisiane. L'enquête révéla également des connections entre Cascio Ferro et Balsamo, mais elle ne put prouver la possible implication de Balsamo dans l'exécution de Petrosino.
Le corps de l'agent fut rapatrié à New York et, à Little Italy, près de deux cent cinquante personnes assistèrent à ses obsèques, rendant hommage au premier agent de la loi qui, aux États-Unis, était officiellement tombé dans la guerre contre la Mafia.
Au cours des années qui suivirent, la lutte fut incessante entre les forces de police et l'organisation dirigée par Giuseppe Balsamo, ce qui, dans les décennies suivantes, provoqua la transformation de la Mano Nera en ce système de familles de la Cosa Nostra, système encore en vigueur aujourd'hui.

Ce fut Salvatore Maranzano qui fut l'inventeur de ce système, en s'inspirant de Jules César et de son armée. Maranzano était né le 10 Septembre 1868, il était originaire de Castellamare del Golfo, en Sicile. Peu après avoir émigré aux Etats-Unis, il travailla sous les ordres de Giuseppe Morello. Après la mort de ce dernier, il se disputera violemment les territoires de New York avec son éternel ennemi Giuseppe "Joe the Boss" Masseria, lors de la "guerre des Castellammarese". Il sortira vainqueur de cette bataille (il élimine Masseria en 1931) et s'autoproclamera "boss of bosses" ou "capo di tutti capi" (patron parmi tout les patrons).
C'est lui qui organisa toute la Mafia moderne : il mit en place les cinq familles New-yorkaises avec un parrain à la tête de chacune (la famille Luciano, parrain : Lucky Luciano, aujourd'hui famille Genovese -la famille Mangano, parrains: Phillip & Vincent Mangano, aujourd'hui famille Gambino -la famille Profaci, parrain: Giuseppe Profaci, aujourd'hui famille Colombo -la famille Bonanno, parrain: Joseph Bonanno, toujours du même nom -la famille Gagliano, parrain: Gaetano Gagliano, aujourd'hui famille Lucchese), et une famille par métropole américaine. En qualité de "capo di tutti capi", tous les parrains auront des comptes à lui rendre.
Salvatore Maranzano dit "Little Caesar" (petit César) car il vouait une grande passion à la civilisation Romaine et notamment à Jules César. Il était également un catholique très pratiquant, il a fait des études religieuses afin de rentrer dans les ordres (il souhaitait devenir prêtre).
Il sera trahi par son bras droit Anthony Strollo "Tony Bender", sur ordre de Charles Lucky Luciano, qui voulait devenir "capo di tutti capi". Il est tué d'un coup de couteau le 11 Septembre 1931, dans son quartier général par de faux policiers, à peine plus d'un an après être accédé au plus haut niveau hiérarchique jamais atteint dans la Mafia Italo-américaine.
Salvatore Maranzano restera comme le seul "Boss of Bosses" connu aux Etats-Unis, et comme un grand stratège. Après son règne (court mais influent), les cinq familles New-yorkaises sont restées en place et rares sont les parrains à avoir tentés d'accéder au grade suprême de "Capo di Tutti capi".

# Posté le vendredi 05 mai 2006 12:44

Modifié le mercredi 07 novembre 2007 06:18

Giusy Vitale

Giusy Vitale
«Lady Mafia», «Madame Cosa Nostra», «la première marraine»: quel qualificatif convient le mieux à Giusy Vitale, Sicilienne de 33 ans et première «femme d'honneur» de l'histoire de la Mafia? Première gestionnaire d'un pouvoir qui se décline, d'habitude, au masculin. Les magistrats de Palerme qui l'interrogent ces jours-ci sans relâche assistent, surpris, à la fin d'un tabou: les femmes peuvent donc maintenant adhérer à l'Organisation? Cosa Nostra serait-elle devenue une «Cosa Nuova» (une «nouvelle chose»)?
Giusy a respiré l'air de la Mafia dès le berceau. Elle naît mafieuse, sans même le savoir. Nous sommes en 1972 à Partinico, un gros bourg rural à 40 kilomètres de Palerme. Son père et ses trois frères sont des membres de l'Organisation. Dans sa famille il règne un tel archaïsme qu'on décide de ne pas envoyer Giusy à l'école pour que la gamine ne soit pas distraite de ses devoirs envers les mâles de la famille. Pour qu'elle se consacre totalement à la casa et à la Cosa. A 6 ans, elle commence à fréquenter les prisons, où ses frères transitent avec une certaine régularité. «Je me doutais bien qu'ils n'étaient pas des enfants de ch½ur, confie Giusy au magistrat Francesco Del Bene, mais je n'ai vraiment compris leur rôle que lorsque mon frère Leonardo m'a dit: "Moi, j'ai le droit de commander."» Giusy se met à son service. Au départ, pour des petits boulots d'estafette, entre les différents membres de la famille mafieuse de Partinico. Toujours ponctuelle. Toujours fiable. Elle porte les messages de Leonardo (lorsqu'il est en taule) à son frère Vito (lorsqu'il est en fuite). Elle vole de cache en cache: «Je portais aussi son linge propre à Vito. Je lui donnais des nouvelles des bêtes, des ouvriers, des avocats.» Elle conduit aussi dans ses différents refuges les petites amies de son frère. Tels sont les débuts de «Lady Mafia» à l'école du crime. L'enfance d'un chef.
Peu à peu, elle commence à rencontrer des boss. Même le chef suprême de Cosa Nostra, Bernardo Provenzano, en fuite depuis quarante-deux ans. C'était en 1992 – l'année de l'assassinat du juge Giovanni Falcone à Valguarnera, dans une étable. Arrive une voiture noire avec chauffeur. Un évêque en robe noire, ceinture violette et chapeau assorti, en descend. Giusy, qui avait alors 20 ans, raconte: «Je dis à Leonardo: "Mais il y a des prêtres ici?" Il me répond: "Si tu continues, tu rentres à la maison." Puis il m'explique que Provenzano se déguise en évêque pour passer inaperçu. Qui oserait arrêter la voiture officielle d'une Eminence?» En 1995 Leonardo est arrêté. Vito le remplace au pied levé. Las, il est incarcéré à son tour en 1998. Et c'est Giusy qui devient patronne du puissant clan mafieux des Vitale qui fait la loi à Partinico et alentour. Tous les mâles valables sont en taule. Les autres sont des incapables. «Ni mon mari ni mon beau-frère n'étaient des gens fiables», confie Giusy, qui entre-temps s'était mariée. «Est-il normal qu'une femme devienne régente dans Cosa Nostra?», interroge Francesco Del Bene. «Absolument pas, répond Giusy. Les femmes sont exclues. Elles ne peuvent en général même pas se permettre de poser une question. Mais moi, je suis devenue régente parce que mes frères ont constaté que j'étais aussi capable qu'eux.»
Giusy, la régente, surveille les travaux publics, les appels d'offres et les sous-traitances, en somme les sources ordinaires de profit de l'Organisation. Elle réglemente aussi le pizzo (le pourcentage) que tous ceux qui commercent ou produisent doivent verser pour éviter les attentats. Son intronisation s'est faite en douceur. Sans cérémonial inutile. Il aura suffi que Giusy annonce, avec l'autorité naturelle qui la caractérise: «C'est Leonardo qui m'envoie. Dorénavant, c'est moi qui le remplace. Vous pouvez parler avec moi comme si j'étais lui.» Il ne vient à l'esprit de personne de mettre en doute ses affirmations. Les hommes d'honneur s'inclinent, offrent leur aide pour contrôler les rentrées d'argent. Gérer les clandestins. Procéder aux intimidations ordinaires de la Mafia: vols de matériel sur les chantiers, incendies, menaces, homicides. Car Giusy commanditera des éliminations physiques. Comme un véritable boss.
Cette jeune femme possède un arsenal dans le garage de son domicile. C'est elle qui arme les picciotti. Un certain Pezzino, par exemple, avec lequel elle discute de façon animée pour savoir si tel homicide nécessite «un P38 ou un calibre 9». Nous sommes en 1998. Le charcutier Salvatore Riina dérange parce qu'il flirte avec la partie non orthodoxe de Cosa Nostra. Met des bâtons dans les roues. Ne partage pas la stratégie «corléonaise» des attentats contre les magistrats, et donc la guerre ouverte de la Mafia contre l'Etat. Il doit être éliminé. Il le sera. A l'initiative de Giusy, qui programme dans le détail l'opération. Et qui fêtera au champagne avec les picciotti sa parfaite réussite. Toujours comme un véritable boss.
Elle a d'ailleurs une vie très libre. Comme les boss de Cosa Nostra, qui se marient bien sûr, font des enfants et vénèrent leur femme comme une sainte, quitte à la cocufier à tout bout de champ, pourvu que «cela ne se sache pas». Giusy a un mari, deux enfants et plusieurs amants en même temps. Mère et boss. Epouse et amante. Une vraie capomafia. «Taille moyenne. Plutôt rondelette. Un genre un peu lascif. Avec un comportement d'une arrogance indicible. Elle me regardait droit dans les yeux pour me faire baisser les paupières. Comme un boss», se rappelle Teresa Principato, magistrate de la Direction nationale anti-Mafia, qui l'a accusée en 1998 du délit d'«association de malfaiteurs de type mafieux». Giusy sera ainsi la première femme condamnée à Palerme au nom du fameux article 416 bis du Code anti-Mafia.
Arrêtons-nous à ce 24 juin 1998. Quelques mois à peine après être devenue régente, Giusy Vitale vient donc de se faire prendre à l'âge de 26 ans. Elle sera condamnée à quatre ans et demi de réclusion. Elle les fera tous et sortira à l'air libre le 25 décembre 2002. Pour reprendre son rôle de «Lady Mafia». Mais on la pince à nouveau le 3 mars 2003, pour homicide cette fois. «Je l'interroge aussitôt, raconte Francesco Del Bene. Elle est rigide. Ne donne aucun signe de coopération. J'en déduis qu'il s'agit d'une irréductible.» Le magistrat se trompait. En juillet 2004, Giusy Vitale lui expédie une lettre où elle manifeste une certaine ouverture. Mais sa collaboration avec l'Etat ne débutera vraiment qu'en février 2005. Depuis elle est intarissable. Une mine d'informations sur les rapports Mafia-politique. Sur les homicides. Sur les millions d'euros que gère sa «famille». Elle fait arrêter huit «soldats» lors de l'opération Araba Fenice, et même sa nièce Maria. C'est la fin de la dynastie mafieuse des Vitale. Giusy est aussi implacable en tant que repentie qu'elle l'avait été en tant que boss. A 33 ans, elle aura brisé toutes les règles et tous les tabous. D'abord en devenant capomafia. Ensuite en choisissant le «repentir». Enfin en annonçant son divorce d'avec son mari et son intention de se remarier avec un homme d'honneur de Catane, qui lui aussi collabore avec la magistrature. Son frère Leonardo la maudira depuis sa geôle: «Nous la renions, qu'elle soit vivante ou qu'elle soit morte. Nous espérons d'ailleurs qu'elle meure au plus vite.» Des phrases de tragédie grecque. Dignes du destin fulgurant de la première boss en jupons de Cosa Nostra.

(Article de Marcelle Padovani, paru en août 2005)

# Posté le vendredi 05 mai 2006 12:51

Modifié le vendredi 07 mars 2008 07:14

Angelo Ruggiero

Angelo Ruggiero
Angelo Ruggiero, a.k.a "Fat Angie"ou"Quack Quack" est né au début des années 40. Il a grandi dans le même quartier que les frères Gotti, et une grande amitié unissait Ruggiero et les Gotti. Il était surtout lié à John et Gene Gotti. Il était aussi le neveu du sous-chef de la famille Gambino, Aniello Dellacroce. Alors qu'il était adolescent, il quitta l'école et entra dans le gang de rue appelé "Fulton-Rockaway Boys", dont John Gotti et Gene faisaient également partie.
Ruggiero et les Gotti firent les 400 coups dans le gang et se firent remarquer par Aniello Dellacroce, qui les prit sous son aile.
En 1960, il devint associé de la famille Gambino, en même temps que Gene et John Gotti, dans le crew du capo Carmine Fatico.
Fatico dirigeait un crew de plus d'une centaine d'hommes opérant dans l'Est de New York. Le capo avait la réputation d'être l'un des assassins les plus efficaces de la Cosa Nostra. « Son travail n'était pas bâclé. Il faisait un boulot propre, et les chefs des familles appréciaient sa manière d'agir », déclarera plus tard Sammy Gravano.
En 1961, Fatico ordonna à Gotti et Ruggiero de concentrer leurs efforts sur l'aéroport JFK afin de ramasser plus d'argent pour la famille. Pour les deux gangsters, c'était une grande chance, leur première grande opportunité au sein de la famille. A bord de deux camions et uniquement armés de déclaration de cargaison, John Gotti, Ruggiero et d'autres hommes se présentèrent un jour de 1969 au terminal de fret de l'United Airlines. En une seule journée ils sortirent des entrepôts de l'aéroport près de deux cents vêtements féminins de marque française, ainsi qu'un grand nombre d'articles electroniques japonais et deux cents montres Rolex de différents modèles. Cette opération avait été si facile que deux semaines plus tard, et avec le même camion, ils revinrent à la charge au même terminal de l'United Airlines.
Cette fois, Angelo Ruggiero, John et Gene Gotti furent pris la main dans le sac. Au moment où les agents fédéraux entraient dans le terminal de fret, Ruggiero essayait d'emporter un conteneur portant les initiales UA peintes sur les côtés. Condamnés par un juge fédéral, les trois truands furent envoyés quatre ans au pénitencier de Lewisburg.
En 1972, Emanuele "Manny" Gambino, neveu du parrain Carlo Gambino, avait été séquestré un matin en sortant de chez lui ; son corps fut découvert dans une décharge l'année suivante, portant des signes évidents de torture. Les ongles de ses mains avaient été arrachés, de même que ses dents, et ses empreintes digitales avaient été effacées avec de l'acide sulfurique.
La famille Gambino établit que l'assassinat avait été l'½uvre des gangsters irlandais, qui tentaient de contrôler l'ouest de Manhattan. Le plus puissant des Irlandais était un gangster nommé James McBratney. Carlo Gambino décider de lancer un contrat sur McBratney, et ordonna à Aniello Dellacroce de s'en occuper ; celui-ci engagea trois des plus violents exécuteurs de la famille Gambino, qui venaient de sortir de prison : Angelo Ruggiero, Ralph Galione et John Gotti. Un soir, les trois hommes apprirent qu'on avait vu McBratney dans un bar de Brooklyn, seul.
Le plan imaginé par Ruggiero et ses collègues consistait à se faire passer pour des policiers et arrêter McBratney sous l'accusation d'attaque à main armée. Mais l'irlandais, même ivre, n'était pas d'humeur à se laisser arrêter par trois policiers. Galione, ami de Manny Gambino, essaya de lui passer les menottes en lui tenant une main. A ce moment, McBratney mit sa main libre dans sa poche et pris un poignard. Les menottes pendues à une main et le couteau dans l'autre, l'irlandais se dirigea vers Galione qui était à terre, dans l'intention de lui planter dans le cou. Ralph Galione sortit son pistolet et tira trois fois sur lui. James McBratney s'écroula mort.
Après ce meurtre, les agents de la brigade criminelle décidèrent de suivre la piste des tueurs de la famille Gambino jusqu'à Don Carlo lui-même. Un après-midi, quatre policiers décidèrent de rendre visite au Parrain pour l'interroger. Le puissant chef de la famille se sentait humilié par l'ineptie dont avait fait preuve l'un des tueurs. Le lendemain, Ralph Galione fut retrouvé mort, une balle dans la nuque, dans une poubelle dans le Queens. Carlo Gambino avait été humilié et quelqu'un devait payer.
La police poursuivit son enquête jusqu'à ce qu'elle tombe sur quelqu'un qui affirma avoir vu Gotti et Ruggiero lors du meurtre de McBratney. En 1975, lors du procès concernant le meurtre de l'irlandais, le témoin réaffirma qu'il avait bien vu Gotti et Ruggiero. Les deux hommes furent déclaré coupables, mais ne purgèrent que deux ans de prison grâce à Roy Cohn, un des meilleurs avocats de New York, engagé par Don Carlo.

En 1977, à leurs sortie de prison, Angelo Ruggiero et John Gotti deviennent des "made men" de la famille Gambino. Au même moment, Gene Gotti est lui aussi initié.
Les trois hommes furent affranchis lors de la même cérémonie.
Le frère d'Angelo, Salvatore était lui un important trafiquant d'héroïne et de cocaïne. Le 6 Mai 1982, Salvatore Ruggiero prit l'avion avec sa femme. Le couple partait en direction du sud de la Floride afin de visiter une propriété dans laquelle ils voulaient investir. Salvatore était à cette époque recherché activement par le FBI depuis 6 ans, et il se cachait en Floride, dans l'Ohio et la Pennsylvanie. L'avion se crasha dans l'Océan Atlantique, tuant tous le monde à bord.
A la mort de son frère, Angelo hérita de tous les contacts dont disposait Salvatore, et succéda aux affaires de son frère en faisant importer, via le canada, d'énormes quantités d'héroïne et de cocaïne, puis distribuait la drogue dans les rues de New York.
À la même époque, Gotti était devenu capo et le gouvernement commençait à enquêter sérieusement sur les cinq familles de la mafia New-yorkaise. L'agent du FBI Bruce Mouw fut nommé chef de l'équipe désignée pour surveiller la famille Gambino. L'agent commença à identifier la hiérarchie de la famille. De plus, avec l'aide des informations fournies par "Source Wahoo" (le code secret du FBI désignant William “Willie Boy” Johnson, un associé de la famille Gambino qui était aussi informateur pour le FBI), Bruce Mouw apprit qu'il était possible d'équiper d'un système d'écoute le téléphone chez Angelo Ruggiero. Le 9 Novembre 1981, le système fut mis en place. Ruggiero était peu discret et avait une grande gueule, ce qui attirait l'attention du gouvernement. En plus de ça, le FBI savait que son frère Salvatore était devenu multimillionnaire en vendant de la drogue. Ruggiero fut enregistré par le FBI lors d'une discussion au téléphone avec Gene Gotti, où les deux hommes parlaient de "banania" (héroïne dans le language de la rue).
En plus de ça, le boss de la famille à l'époque, Paul Castellano, avait interdit les membres de sa famille de toucher à la drogue. Castellano, en apprenant cela, voulu tuer Ruggiero et tout le crew de Gotti. Mais John Gotti répliqua plus vite que lui.
Angelo "fat Angie" Ruggiero et Gotti complotèrent pour tuer Paul Castellano. Le 16 décembre 1985, après l'accord de la plupart des membres de la commission de la Cosa Nostra, Castellano et Tommy Bilotti, son sous-chef, ont été tué en plein jour, alors qu'ils entraient au "Sparks Steaks House", un restaurant de Manhattan.
Après la mort de Castellano, John Gotti est devenu le nouveau patron de la famille Gambino. Il nomma Ruggiero au poste de capo.
En 1989, suite à la surveillance du FBI, Ruggiero et Gene Gotti furent condamné à 50 ans de prison pour trafic de drogue. Ruggiero meurt peu après en prison d'un cancer.

# Posté le samedi 06 mai 2006 19:42

Modifié le mercredi 07 novembre 2007 06:17

John "Sonny" Franzese

John "Sonny" Franzese
John "Sonny" Franzese est né le 6 février 1919 sur un bateau qui partait de Naples pour arriver aux États-Unis. Ses parents s'installèrent à Brooklyn. Franzese commença à travailler pour la famille Profaci Family dans les années 30. Au début des années 40 il devint capo sous les ordres de Profaci puis Magliocco. En 1963 Joseph Colombo devint boss de la Famille et fit de Sonny Franzese son sous-chef. Franzese était ami avec des célébrités tels que Frank Sinatra, Sammy Davis Junior ou encore Jimmy Roselli. Franzese tirait une grande partie de ses profits du racket dans l'industrie musicale et pornographique. Il eu des intérêts financiers dans le légendaire film porno "Deep Throat" (1972), ainsi que dans le film d'horreur culte "Massacre à la tronçonneuse" ("The Texas Chain Saw Massacre", 1974). Sonny Franzese était également un des actionnaires secrets de la célèbre maison de disque Buddah Records.
En 1967 il fut condamné pour être le chef un gang de braqueurs de banque, basé dans le Queens, New York. Pendant son procès il fut aussi accusé du meurtre d'un associé de la famille Colombo nommé Ernie Ruppoto. La justice le condamna à 50 ans de prison. Bien qu'il soit emprisonné il resta sous-chef de la famille jusqu'à ce que Joseph Colombo se fasse tirer dessus (voir la biographie de Joe Colombo plus loin dans le blog) en 1971.
Pendant les années 70, son fils Michael devint membre de la Famille Colombo. Au milieu des années 80, il plaida coupable pour racket. Il déshonorera son père et deviendra informateur pour le FBI. Son témoignage n'eu pas vraiment d'importance. Après sa sorti de prison, en 1998, "Sonny" Franzese était reconnu comme étant un capo de la famille Colombo. Il fut libéré sur parole, les conditions de sa sortie étant de se retirer de sa vie mafieuse et de ne pas rencontrer d'amis mafiosi. Il ne respecta pas ces conditions et fut renvoyé en prison en 2001. Il ne sera pas libéré avant 2017, il aura alors 98 ans.

# Posté le dimanche 07 mai 2006 05:12

Modifié le mercredi 07 novembre 2007 06:17