Dans les années 60, la vague hippie peace and love, l'amour libre, font exploser la consommation des drogues et de pornographie.
Sur-le-champ (autre preuve de son redoutable opportunisme) la mafia saute sur l'occasion. Elle fait du porno l'équivalent de l'alcool clandestin à l'époque de la prohibition : une énorme source d'argent liquide, associée à une gigantesque lessiveuse à argent sale.
Ainsi, quel est le premier film culte du porno américain ? Deep Throat. Tourné en 1972 (et en dix-sept jours) en Floride, Deep Throat a coûté 26 000 dollars à réaliser. Il rapporte à ses producteurs mafieux 600 millions de dollars.
La vedette de Deep Throat est Linda Lovelace, qui devient vite la première superstar du showbiz porno, dans une ambiance très "libération de la femme". Jolie libération : loin d'être consentante, Lovelace est la victime d'un proxénète brutal (son propre mari) qui, après l'avoir droguée et prostituée, la place devant les caméras sous la menace d'une arme à feu et la frappe sans la moindre hésitation, sans lui verser un dollar pour ses "prestations". Afin de réussir les fellations du film sans s'étouffer, elle a dû subir un entraînement pour apprendre à avaler entièrement un pénis. Pendant les mois qui ont suivi, de nombreuses femmes ont été hospitalisées aux États-Unis, victimes de viols de la 'gorge' du fait que leurs petits amis ont tenté de leur faire réitérer à la maison l'exploit de Lovelace, dans un état second et sous la menace.
Toute l'affaire figure dès 1980 dans Ordeal, livre où Linda Lovelace raconte entre autre que Deep Throat a été produit par Gerard Damiano, fondateur de DFP (Damiano Film Productions) qui vend peu après, un pistolet sur la tempe, ses droits sur Deep Throat à Anthony Peraino (soldat de la famille Colombo) et son fils Louis Peraino (associé de la famille Colombo). Contrôlée désormais par les Peraino, DFP réalisera les deux autres films de la trilogie porno culte des années 70 : Behind the green door et The devil in Miss Jones, films qui rapporterons également des profits gigantesques.
A l'époque, un reporter interviewe Gerard Damiano sur son éviction de sa propre société. Damiano a répondu : « Je ne peux rien dire... je risque ma vie ». Il a raison d'être prudent : entre 1975 et 1980, les guerres mafieuses pour le contrôle du porno (revues, films, sex-shops, salons de massage) ont fait 25 morts dans l'état de New York, sans compter les incendies criminels et autres attentats à la bombe.
Selon l'agent du FBI William P. Kelly « fondé sur vingt-trois ans d'enquêtes et d'études sur la pornographie, il est pratiquement impossible d'être dans le commerce de la pornographie sans traiter d'une façon ou d'une autre avec le crime organisé. »
En 1986, Daryl Gates, à l'époque chef de la police de Los Angeles, a déclaré : « le crime organisé a infiltré l'industrie du porno à L.A. en 1969, en raison des profits importants réalisés. Dès 1975, la mafia contrôlait 80% de cette industrie, aujourd'hui (1986) leur contrôle doit être de 85% à 90%. »
Au point que dès les années 80, les grandes familles de la côte Est des États-Unis ont un proconsul chargé de surveiller le porno business.
Par ailleurs, dès 1965, toutes les familles mafieuses d'Amérique du Nord investissent au même moment toute l'industrie du porno (hétéro, homosexuel, pédophile, zoophile, etc.).
"Joey the Hitman", un tueur de la mafia, à déclaré dans son livre, "The Life and Crimes of a Mafia Hitman" : « Le crime organisé a massivement investi dans le porno, dès le début des années 50 : importation ou impression de revues et de livres porno, jeux de cartes et objets érotiques (vibromasseurs, etc.), production et commercialisation de films et de spectacles,... On a investi dans les bars topless, les sex-shops, les salons de massage, les peep-shows*...
La mafia s'est intéressée aussi bien au marché hétéro qu'homo –et croyez-moi, le porno homo rapporte bien plus d'argent, car les produits se vendent bien plus cher** ».
Au fil des années, la liste des mafiosi impliqués dans le porno bizness s'est relativement allongée.
En 1980, une grande enquête du FBI, qui durera 3 ans, appelé MIPORN, démontre le contrôle mafieux sur toute l'industrie du vice (porno, salons de massage, sex-shops, etc.) MIPORN sollicitera au total 400 agents dans 13 métropoles et permet d'arrêter des mafiosi des familles Gambino (New York) et DeCalvacante (New Jersey).
Un succès momentané, car au début de la décennie 90, la mafia contrôle toujours le porno américain, mais différemment. Désormais, le commerce de détail (vidéos, revues, etc.) est exercé par des commerçants "honnêtes".
Sur l'ordre de John Gotti, la mafia se replie sur la duplication et la distribution des films. Une affaire lucrative : en 1992, la police locale estime qu'à New York le marché de détail du porno est d'environ 160 millions de dollars par an.
*un peep-show est un spectacle érotique ou pornographique (strip-tease, scènes à caractère sexuel). Certains bars proposent ce genre de spectacles, ainsi que des sex-shop.
**évidemment, le fait que la Cosa Nostra investisse dans le porno homo n'a qu'un but lucratif. Il est formellement interdit d'être à la fois membre de Cosa Nostra et homosexuel. Ainsi, le repenti Vincent "Vinny Ocean" Palermo (famille DeCavalcante) a avouer avoir ordonné en 1992 le meurtre de John D'Amato, en raison de l'homosexualité de ce dernier.



