La famille de Kansas City

La famille de Kansas City
Les parrains de la famille de Kansas City-

- Joseph "Scarface" DiGiovanni
- -Charles Carollo
- Charles Binnagio
- Anthony Gizzo
- Giuseppe Nick Civella
- Carl "Corky" Civella
- William "Willie the Rat" Cammisano
- Anthony "Tony Ripes" Civella
- William Cammisano Jr.



La ville de Kansas City, dans l'état du Missouri, compte 1 480 000 habitants. La communauté italienne à Kansas City est assez importante, surtout dans plusieurs quartiers du nord de la ville, appelé aussi "North of the River". La plupart des italo-américains de Kansas City sont d'origine sicilienne.
L'histoire de la Mafia à Kansas City commença avec l'arrivée des frères DiGiovanni. Les DiGiovanni étaient des mafiosi venus de Sicile. Leurs activités étaient principalement l'extorsion et le racket de commerçants dans les quartiers italiens locaux. Le plus important des deux frères était Joseph “Scarface” DiGiovanni. Il arriva à Kansas City vers 1912, fuyant une accusation de meurtre dans sa Sicile natale. Il mènera un gang cruel pendant la Prohibition* et eu très vite le monopole du trafic d'alcool à Kansas city et ses environs. Quand la Prohibition fut abolie en 1933, Joseph DiGiovanni ouvrit un commerce de vente d'alcool avec son frère, Peter DiGiovanni et un autre gangster, Paul Cantanzaro. DiGiovanni se retira plus ou moins à cette époque. Il mourut en octobre 1967, alors qu'il faisait face à un procès dont les accusations diverses allaient du meurtre jusqu'au viol. A l'époque de sa mort il s'était retiré du crime depuis plus d'une vingtaine d'années.
Après que DiGiovanni se soit retiré, le gangster Thomas Pendergrast reprit ses affaires. Le 10 juillet 1934, à 3 heures du matin, il fut fusillé à mort, alors qu'il était dans sa voiture. On pense que c'est son sous-chef Charles Carollo qui ordonna sa mort.
Charles Carollo sera le prochain à devenir le boss de Kansas City, jusqu'en 1939, où il fut condamné pour fraude fiscale. Son successeur fut Charles Binnagio. Binnagio développa le racket de la famille et plus particulièrement le racket des syndicats. Il fut lui aussi tué le 6 avril 1950, avec son garde du corps et un soldat de la famille, Charles Garotta.
Après le meurtre de Binnagio, Anthony Gizzo fut boss jusqu'à sa mort naturelle en 1953, à Dallas.
Giuseppe “Nick” Civella lui succéda. Civella deviendra le plus connu et peut-être le plus puissant des boss que la famille de Kansas City ait connue. Civella avait d'importantes connections avec la famille de Chicago, appelée aussi the Outfit. Cette relation avec la puissante famille de Chicago étendit l'influence de Civella. Il avait aussi des connections avec les familles de Milwaukee, Denver, St Louis, San Francisco et Los Angeles. Civella développa considérablement les affaires de la famille et ses activités étaient le racket des syndicats, le trafic de drogues, la pornographie, le prêts à taux usuriers, les paris sportifs et le proxénètisme. Civella envoyait 10% de ce qu'il gagnait à la famille de Chicago.
Pendant les années 1970, Civella usa de son influence sur le syndicat des camionneurs pour obtenir des fonds destiné à l'investissement dans des casinos à Las Vegas. Le plus connu de ces casinos est le Stardust. En 1975, il envoya Joseph “Cesar” Agosto s'occuper de ses opérations à Vegas. En 1975, Civella fut enregistré par le FBI en train de parler des paris sportifs concernant le Super Bowl**, plus précisément du match entre les équipes de "Kansas City Chiefs" et les "Minnesota Vikings". C'est cet enregistrement qui permit à la justice de poursuivre Civella pour organisation de jeu illégal. En 1977, il fut jugé coupable et condamné à 20 ans de prison. En plus de ça, en 1983, Agosto devint informateur et témoigna contre la famille de Kansas City et d'autres familles du Midwest***.
Le18 juillet 1980, alors qu'il était toujours incarcéré, Civella fut jugé coupable de corruption, ce qui le condamna à quatre ans de prison supplémentaires. Cependant, il continuait de diriger la famille de la prison de Leavenworth en donnant les ordres à travers son frère Carl. Giuseppe Civella mourut en prison le 12 Mars 1983.
Carl “Corky” Civella prit en main les opérations de son frère Giuseppe après la mort de ce dernier. Il fut un boss capable et respecté, mais son règne ne dura qu'une année puisqu'il fut condamné à 75 ans de prison pour avoir extorqué des millions de dollars à des casinos de Las Vegas. Il continua cependant à rester boss officiel, et, de sa cellule, garda son influence dans les affaires de la famille. Carl Civella mourut en prison le 2 octobre 1994 à 84 ans.
A la mort de Carl Civella en 1994, William “Willie the Rat” Cammisano devint le nouveau boss. C'est au même moment que la famille de Chicago décida de s'éloigner de la famille de Kansas City, en raison de l'attention générée par le témoignage d'Agosto. Cela signifia que Cammisano pouvait diriger ses opérations criminelles sans l'influence de Chicago. Cammisano envoya des crews de membres de la famille dans des endroits variés des États-Unis. Il prit des territoires en Californie, en Floride et à Washington. En 1989, la santé de Cammisano commença à se détériorer et il mourut le 26 janvier 1995.
Bien qu'il était en prison en 1995, Anthony “Tony Ripes” Civella, fils de Carl Civella, devint le nouveau boss officiel de la famille. Il avait été condamner à 4 ans en 1992 pour avoir diriger un crew qui vendait des médicaments pharmaceutiques sur le marché noir. Il fut libéré en 1996. Il mourut le 17 février 2006. Il avait 75 ans. Son successeur présumé à la tête de la famille est William Cammisano Jr. Actuellement la famille de Kansas City est estimée avoir une trentaine de membres et une centaine d'associés. Leurs activités sont le jeu illégal, le trafic de drogue, le proxénètisme, la pornographie. La famille contrôle toujours les syndicats des alentours, ainsi que plusieurs hôtels et casinos à Las Vegas.


*Prohibition : Loi adoptée de 1919 à 1933 aux États-Unis, interdisant la vente, la consommation, la production et le transport d'alcool.

**Super Bowl : Le Super Bowl est la finale du championnat de football américain qui voit s'affronter les vainqueurs des deux conférences (American et National) pour le titre de champion de la NFL (National Football Ligue).

*** Midwest : Le Middle West des États-Unis d'Amérique, «Ouest Central», aussi nommé Midwest par raccourci.

# Posté le mardi 09 mai 2006 12:38

Modifié le mercredi 07 novembre 2007 06:17

Chicago

Chicago
Photographie (prise en 1976) des boss de la Famille de Chicago; De gauche à droite, (premier plan) – Anthony “Joe Batters” Accardo (consigliere), Joseph “Black Joe” Amato (boss du crew de Lake County), Joseph “Little Caesar” DiVarco (boss du crew de Rush Street), James “Turk” Torello (boss des banlieues Ouest.)
(second plan): Joseph “Doves” Aiuppa (boss de l'Outfit), Dominic DiBella (boss des quartiers nords), Vincent Solano (remplaçant de DiBella), Alfred Pilotto (boss des banlieues Sud), Jackie “The Lackey” Cerone (boss du crew d'Elmwood Park), et Joseph “Joey the Clown” Lombardo (boss du crew de Grand Avenue).

Les mafiosi s'étaient réunis au Sicily Restaurant à Chicago pour rendre hommage à Dominic DiBella, qui était très malade et prenait sa retraite.

# Posté le mardi 09 mai 2006 19:20

Modifié le mercredi 07 novembre 2007 14:04

Thomas "Tommy" DeSimone

Thomas "Tommy" DeSimone
Thomas "Tommy" DeSimone (24 mai 1950 - 14 Janvier 1979) était un associé de la famille Lucchese. Dans le film “Les Affranchis”, le personnage de “Tommy DeVito”, joué par Joe Pesci, est inspiré de la vie de DeSimone. Thomas avait une soeur, Dolores DeSimone, et deux frères, Robert et Vincent.
Tommy venait avait beaucoup de membre de sa famille dans la Mafia, en particulier dans la ville de Detroit, Michigan. Un de ses grand-oncles, Rosario DeSimone, était le boss de la pègre de Los Angeles, San Diego (Californie) et Las Vegas (Nevada) de 1931 jusqu'à sa mort en 1946. L'oncle de Tommy, Frank DeSimone, était un avocat devenu criminel. Surnommé « Uncle Frank » il devint le parrain de Los Angeles en 1957, suite à la mort de son prédécesseur Jack Dragna. Frank DeSimone mourut d'une attaque cardiaque en 1967.

DeSimone travaillait pour le capo Paul Vario avec ses amis Jimmy Burke* et Henry Hill; DeSimone et Hill s'étaient connus à leur adolescence, quand ils étaient de jeunes voyous que Burke prit sous son aile. A l'époque, les activités principales de DeSimone et Hill étaient de voler des marchandises à l'aéroport JFK. DeSimone était aussi impliqué dans l'escroquerie aux assurances.
DeSimone était connu pour son tempérament instable et violent, et il était fréquent qu'il fasse des crises de colères qui se terminait avec un blessé, voire un mort : il a été suspecté d'au moins six meurtres. Son premier meurtre eu lieu en 1968. DeSimone voulait absolument attirer l'attention des mafiosi qu'il admirait. Pour cela, il décida de tuer quelqu'un. DeSimone marchait dans les rues avec Henry Hill et James Burke quand il s'avança en direction d'un innocent piéton, nommé Howard Goldtein. Alors qu'il marchait il cria à Hill « hey Henry, regarde ça.» Il sorti une arme de poing de calibre .38, hurla au piéton « hey enculé! » avant de lui tirer 6 balles dans la tête. Ensuite, il dépouilla Goldtein de tous les objets de valeurs qu'il possédait et prit la fuite. Son deuxième meurtre se déroula en 1970, la victime fut William "Billy Batts" Devino, un “made man” de la famille Gambino. Batts avait insulté DeSimone dans un bar. Dans son livre “Gangsters and Goodfellas”, Henry Hill expliqua que Batts venait juste de sortir de prison, et pendant son incarcération, Jimmy Burke avait pris en main ses affaires illégales. Batts voulait récupérer ses affaires à sa sortie, en utilisant la force si nécessaire. L'insulte, combiné avec le tempérament de Tommy DeSimone et le fait que Burke ne voulait pas perdre de l'argent, encouragea DeSimone à tuer Batts. Burke tenait Batts en place alors que DeSimone le tapait sur le crâne avec un revolver de calibre 38. DeSimone, Burke et Hill transportèrent Batts dans le coffre de la voiture de Hill, et l'emmenèrent dans les bois pour l'enterrer. Lorsqu'ils ouvrirent le coffre, Batts était encore vivant. DeSimone prit un gros couteau de cuisine et le poignarda, et ensuite Burke lui tira dessus plusieurs fois, pour s'assurer qu'il était bien mort.
La troisième victime de Tommy DeSimone était un adolescent nommé Michael "Spider" Gianco. Il était serveur dans le bar ou DeSimone et ses amis gangsters avait l'habitude de jouer aux cartes. Un jour, Spider oublia d'apporter le verre que Tommy lui avait commandé. Enervé, DeSimone sorti son pistolet, et commença à tirer vers les pieds de Spider en lui disant « vas-y, danse ! ». Évidemment, Une balle arriva dans le pied de Spider.
Une semaine plus tard, Spider servait de nouveau les verres au bar, un pied dans le plâtre. A un moment, DeSimone lui demanda de danser encore, ce à quoi Spider répondit « Va te faire foutre ». Alors que les autres joueurs de cartes étaient impressionnés par ce que Spider venait de dire, DeSimone, furieux, sorti son pistolet et vida son chargeur sur le serveur.
Sa quatrième victime était un témoin d'un cambriolage, que DeSimone tabassa jusqu'à la mort. Dans son livre, Henry Hill décrit Tommy DeSimone comme étant un "psychopathe", et pense que Tommy avait trop à prouver parce que son grand frère, Vincent, était devenu un informateur. Vincent fut assassiné par les membres de la famille Gambino.
Selon Henry Hill, le quatrième meurtre de Tommy eu lieu lorsque celui-ci reçu la mission de battre un témoin d'un cambriolage, pour lui faire comprendre qu'il fallait mieux qu'il se taise. Au lieu de ça, il le tabassa jusqu'à ce que mort s'en suive.
Le cinquième meurtre de Tommy était Fredrick “Foxy” Civano, un protégé de John Gotti. DeSimone sortait avec la soeur de Foxy et la tabassa lorsque elle le laissa tomber. Lorsque "Foxy" Civano vit l'état dans lequel DeSimone avait mis sa soeur, il jura à qui voulait l'entendre de le tuer. Quand DeSimone apprit la menace, il alla à l'appartement de Civano et frappa à la porte. Civano ouvrit la porte, et frappa DeSimone au visage. DeSimone fut plus rapide et tira une balle entre les deux yeux de Civano, le tuant sur le coup.
DeSimone est suspecté d'avoir fait parti de l'équipe qui participa au "cass de la Lufthansa" en Décembre 1978 à l'aéroport JFK, un des plus gros cambriolage de toute l'histoire des États-Unis, avec presque 6 000 000 de dollars volés. C'est principalement Jimmy Burke qui organisa le cass. Le capo Paul Vario toucha une importante part du butin.
DeSimone tua Steven “Stacks” Edwards, un gangster afro-américain qui participa au cambriolage. Stacks fut retrouvé mort dans son appartement du Queens. Steven "Stacks" était supposé prendre le fourgon utilisé pour le cambriolage et l'emmené dans une presse à ferraille. À la place, il se défonça à l'alcool et à la marijuana, laissa le véhicule dans un fossé et rentra chez lui pour continuer à boire. En moins d'une semaine, les autorités découvrirent le fourgon et l'identifièrent comme étant le véhicule utilisé pour le cass. Les empreintes digitales de Stacks étaient sur le volant, ce n'était qu'une question d'heures avant que le FBI ne remonte à lui. Craignant que Stacks parle, Jimmy Burke envoya DeSimone pour s'occuper de lui.
Le 14 Janvier 1979, La femme de Tommy DeSimone déclara à la police que son mari avait disparu. Après le cass de la Lufthansa, un nombre important de casseurs furent tués sous les ordres de Burke. Jimmy Burke craignait que certains deviennent informateurs, ou simplement il ne voulait payer la part qui leurs revenaient. Pendant un an, la police de New York et le FBI pensèrent que DeSimone avait été tué par Burke, ou bien qu'il se cachait pour éviter d'être tué.
Les autorités découvrirent la vérité en 1980, quand Henry Hill devint informateur pour le FBI. DeSimone fut tué par les membres de la famille Gambino. La femme d'Henry Hill, Karen, avait une aventure avec le boss d'Henry, Paul Vario. Quand Hill fut condamné à quelques années de prison, DeSimone approcha Karen afin d'avoir lui aussi une aventure avec elle; quand elle refusa, DeSimone essaya de la violer. Quand Vario apprit ça, il révéla aux membres de la famille Gambino crew que DeSimone avait tué Foxy Civano et Billy Batts. En 1979, DeSimone, 38 ans, fut contacté pour devenir un membre à part entière de la Mafia. Le jour de la soi-disant cérémonie, deux hommes emmenèrent DeSimone en voiture, l'emmenèrent dans une maison où ils l'exécutèrent. Certains disent que celui qui commandita le meurtre de Tommy DeSimone était Tommy Agro, boss de la faction Gambino en Floride, alors que d'autres attribuèrent le meurtre à John Gotti.
Dans le film “Les Affranchis” l'acteur Joe Pesci livre un portrait fidèle de l'infamie dont faisait preuve DeSimone. Cependant, Henry Hill déclare que le portrait du film est à "99,9999% correct", mentionnant seulement que Pesci ne ressemble pas physiquement à DeSimone: le vrai Tommy était grand, musclé, et portait une moustache.

*Jimmy Burke était un gangster d'origine irlandaise et un associé de la famille Lucchese. Robert DeNiro joue son rôle dans "Les Affranchis".

# Posté le mercredi 10 mai 2006 12:25

Modifié le mercredi 07 novembre 2007 06:03

Une affaire de famille

Une affaire de famille
10 octobre 2002-

Le 3 Octobre 2002, Richard Cantarella, sa femme Lauretta Castelli, et leur fils Paul étaient arrêtés dans leurs luxueuse maison de Staten Island pour meurtre, incendie volontaire, kidnapping, prêt usurier, extorsion, organisation de jeu illégal et blanchiment d'argent.
Cantarella, longtemps capo des Bonanno, venait d'être promu "acting underboss" (sous-chef par intérim) alors que le sous-chef officiel de l'époque, Salvatore Vitale, avait plaider coupable pour avoir dirigé une gigantesque opération d'usure. Richard Cantarella avait déjà été suspecté d'avoir pris part en 1992 au meurtre de Robert Perrino, un employé de la poste de New York. Cantarella et d'autres membres de la famille Bonnano cherchaient à racketter le syndicat des Postes, et ils craignaient que Perrino coopère avec la justice.
De 1991 jusqu'en octobre 2002, Cantarella utilisait son fils Paul pour les incendies volontaires, les cambriolages et l'extorsion de propriétaires de parkings à Manhattan et Staten Island, tandis que sa femme Lauretta l'aidait à voler des millions de dollars.
D'après les dossiers de la cour de justice, Paul Cantarella et plusieurs membres de son crew kidnappaient des riches hommes d'affaires à la sortie de leurs bureaux, à l'aide de talkies-walkies et de deux voitures. Le but était de conduire l'homme d'affaire chez lui, le forcer à désactiver le système d'alarme anti-vol, puis voler tout l'argent, les bijoux et autres objets de valeurs qui se trouvaient dans la maison.
En plus de dévaliser la maison du businessman terrifié, Cantarella exigeai de lui qu'il le paye régulièrement pour sa “protection”.
Une fois, Richard Cantarella demanda à un homme d'affaire 20 000 dollars en plus des 250 000 qu'il lui avait déjà prit, afin qu'il puisse “acheter une Pontiac cabriolet 1962” qu'il déclara au nom de sa femme.
En novembre 2002, Cantarella fut enregistré sur cassette audio en train de dire à une de ses victimes (qui coopérait avec le FBI) de donner un chèque de 90 000 dollars à sa femme.
Cantarella apprit qu'il avait un informateur et contacta son comptable et les membres de son crew dans la banque où il faisait du bizness. “Je doit trouver qui c'est parce que c'est pas un mec comme lui qui me mettra en taule”. Mais c'était trop tard.
Richard Cantarella risque la prison à vie et 3.2 million de dollars d'amende. Lauretta Castelli risque 20 ans de prison et 1,7 million de dollars d'amende si elle est jugée coupable. Leurs fils Paul, qui a été reconnu comme étant un danger pour la société, risque 20 ans de prison.

# Posté le vendredi 12 mai 2006 00:25

Modifié le mercredi 07 novembre 2007 06:02

Guerre des gangs

Guerre des gangs
Au cours de décembre 2004, pas une semaine ne s'est déroulée sans qu'un ou plusieurs meurtres n'ensanglantent une journée napolitaine. Le dernier en date fut celui d'un mafioso, âgé de 50 ans. Vincenzo Orio entamait son plat de spaghetti lorsque deux tueurs ont fait irruption dans la pizzeria "Paradiso". Après avoir criblé de balles son corps, ils se sont enfuis à bord d'une moto.
Ce fut le cent-trentième homicide depuis le début des vendettas entre les fidèles du clan de Paolo Di Lauro, surnommé "Ciruzzo le millionnaire", et les sécessionnistes. Le contrôle du marché de stupéfiants qui rapporte 500 000 euros par jour au clan Di Lauro est au centre de cette guerre qui fait rage essentiellement au nord de Naples.
"Ciruzzo le millionnaire" a en effet élu comme fief le quartier de Secondigliano et surtout celui de Scampia avant de prendre la fuite, il y a deux ans. Certains de ses fils –il en a onze– ont pris le relais. Mais ils sont bien moins respectés que leur père. D'où la création d'un groupe de dissidents et cette violence qui sème la terreur, tout particulièrement dans la cité-ghetto de Scampia.
Construit entre les années soixante-dix et quatre-vingt, grâce à une loi sur les logements sociaux, ce quartier de 55 000 habitants a été créé pour loger des familles démunies ou à revenus modestes. «ll n'y a pas que des chômeurs ou des camorristes [membres de la Camorra, la mafia napolitaine], il y aussi des fonctionnaires, des ouvriers, des gens qui ne demandent qu'à vivre honnêtement» précise Geppino Fiorenza, directeur de l'antenne napolitaine de Libera, l'association contre les mafias fondée par don Luigi Ciotti.
La vue d'ensemble est en tous cas sinistre. D'immenses bâtiments, les fameuses Vele, des HLM en forme de voile aurique, dominent des groupes d'immeubles dégradés dans une sorte de désert où l'unique endroit de socialisation serait le parc municipal orné de palmiers géants. Mais il est trop vaste pour être fréquenté sans peur, trop proche des barricades érigées en forteresses par les camorristes. Les rues sont anonymes, les fontaines sans eau, il n'y a aucun centre commercial, pas de cinéma, pas de bar, pas de salle de sports, pas de crèche. Une seule loi semble régner, celle de l'Omertà [la loi du silence].
«Construire des immeubles au vert, c'était une idée positive en soi. Mais le résultat s'est avéré catastrophique, l'architecte qui avait planifié Scampia s'est d'ailleurs suicidé. On a y concentré des milliers de personnes sans perspective d'avenir et pendant plusieurs décennies ce quartier a été abandonné à son destin » déplore Geppino Fiorenza.
Cette cité-dortoir, surnommée le « Bronx » ou encore la 167 (c'est le numéro de la loi sur les logements sociaux), est ainsi devenu un terrain de conquête de la Camorra: trafic de drogues, contrebande, paris clandestins.... On le comprend encore mieux quand on sait qu'à la différence de la mafia sicilienne qui est issue du milieu rural, la Camorra est un phénomène urbain de masse structuré en gangs. «Si la mafia s'apparente à une pieuvre, une tête unique avec des tentacules puissants, la Camorra ressemble plutôt à une hydre dont les têtes repoussent dès qu'on les coupe», explique Tom Behan dans son ouvrage Enquête sur la Camorra.
Pourtant, avec l'aide de fonds structurels européens, le soutien d'associations très dynamiques, dont Libera, et l'appui de la municipalité de Naples, Scampia dispose aujourd'hui de bonnes écoles et même de lycées modèles comme l'Institut technique Galileo-Ferraris. «En ce moment, confie une enseignante de cet établissement, nous sommes inquiets, par crainte de vendettas transversales, certaines familles gardent leurs enfants chez elles ou se sont enfuies, sans donner signe de vie. Il y a entre 10 et 25% de présence en moins. C'est vraiment regrettable car parmi nos élèves nombre d'entre eux rejètent, ou ont appris à rejeter, la culture de la Camorra».
Pour sa part, Tano Grasso, le commissaire anti-racket nommé par le maire de Naples, Rosa Russo Jervolino, ancien ministre de l'Intérieur, souligne qu'il serait erroné de vouloir identifier à la mafia napolitaine toute la population de quartiers comme celui de Scampia, mais qu'il faut agir vite pour les nouvelles générations. « En attendant que le quartier soit requalifié, ce qui est prévu par la région, nous devons tous nous retrousser les manches. Toutes les opportunités doivent être prises, très tôt car dès l'age de dix ans, les enfants peuvent être enrôlés. A 18 ans, un jeune pourra gagner 1 000 euros par jour, avec le trafic de stupéfiants, mais il aura six chances sur dix de mourir avant 25 ans. S'il choisit le chemin de la légalité il sera moins riche mais un homme libre. Ce sont des messages comme celui-ci que nous parvenons à faire passer dans les cours d'éducation à la légalité qui sont dispensés dès l'école primaire. »
Du coté de l'État, il aura fallu attendre la cent-vingtième victime de la guerre des gangs pour que le gouvernement décide que «Naples est une priorité» et envoie 350 policiers et carabiniers supplémentaires, 45 experts spécialisés dans les enquêtes sur l'économie illégale ainsi que du matériel.
Le 7 décembre 2004, 1 000 hommes ont été mobilisés pour une vaste opération dans les quartiers de Secondigliano et Scampia. Une cinquantaine de personnes ont été arrêtées, dont un des fils de Paolo Di Lauro. Dix jours plus tard, la police italienne a mis la main sur un des caïds de la Camorra, Vincenzo Mazzarella, qui se trouvait dans le parc Eurodisney à Marne-La-Vallée, en France. Le même jour, onze mafiosi ont été écroués à Naples et trois autres gros bonnets ont été arrêtés tout récemment dans l'arrière-pays napolitain.
«Nous n'accorderons aucune trêve à la criminalité organisée» a promis le ministre de l'Intérieur Giuseppe Pisanu, lors de sa récente visite à Naples.
La stratégie mise en place passe par un contrôle renforcé des lieux à haute densité camorriste et la chasse aux patrimoines constitués de façon illégale (des biens d'une valeur de 650 milliards d'euros ont déjà été saisis ainsi qu'une énorme quantité de cocaïne). Apparemment elle semble porter ses fruits. Mais le maire de Naples, elle-même très engagée dans le combat contre la Camorra, modère son enthousiasme. «Le gouvernement ne doit pas être présent seulement dans l'urgence. Sans investissements à long terme, sans une justice plus efficace et surtout sans aides pour l'emploi la camorra continuera de proliférer, n'oublions pas que les chômeurs constituent la première main d'œuvre de la criminalité organisée. O,r 53% des jeunes napolitains sont au chômage ».
Trafic de drogue, racket, usure, monopole des jeux clandestins et du béton, contrebande, contrefaçon de Cd, Dvd , accessoires de luxe et vêtements... autant d'activités qui rapportent vraiment très gros. Le chiffre d'affaire annuel de la Camorra (19 clans à Naples) est estimé à plus de 25 milliards d'euros ! «L'une des grandes forces de la Camorra, c'est sa capacité à s'insérer dans le territoire et à cultiver la peur, principalement avec le système des extorsions qui vise en premier lieu les entrepreneurs et les commerçants», observe Luigi Cuomo, président de la première association antiracket fondée à Naples. « Si un commerçant accepte d'être protégé, c'est à dire de payer le 'pizzo', l'impôt mafieux il devra dire oui à l'embauche de tel ou tel employé, oui au choix de tel ou tel grossiste, oui à tout, jusqu'au jour où il perdra son autonomie. »
Depuis leur création en 2002 les plaintes sont passées de 40 à 700 en 2004 et nous devons remercier la municipalité qui se porte partie civile pour chaque procès, affirme Luigi Cuomo. Ce geste de solidarité permet de briser l'isolement des victimes de la camorra et donc de la loi du silence».
Les jours de la Camorra seraient-ils comptés ? «Soyons réalistes, la criminalité organisée ne se combat pas en quelques mois ! s'exclame Geppino Fiorenza, vous voyez bien que la guerre des clans se poursuit pour le moment, alors on en reparlera dans vingt ans !».
Après dix ans d'accalmie, la guerre des gangs a fait près de 125 morts depuis le début de l'année 2004. Les autorités italiennes peinent à rétablir l'ordre.
Le vice-questeur Pasquale Errico est le nouveau chef de la police de Scampia. Arrivé depuis quinze jours seulement dans ce quartier déshérité du nord de Naples, il n'a pas encore eu le loisir d'aménager son bureau, au dernier étage du commissariat. Sur le mur derrière lui, de part et d'autre du crucifix, on devine les traces des gravures emportées à la hâte par son prédécesseur. Le "super-flic" a une mission précise : "Arrêter au plus vite cette guerre qui fait peur aux gens", dit-il en distribuant ses ordres.
En quelques jours, 150 policiers envoyés en renfort ont triplé les effectifs du commissariat, et des voitures de police venues de toute l'Italie sillonnent les rues, sirènes hurlantes, sous la surveillance ronronnante d'un hélicoptère. Mardi 7 décembre à l'aube, un millier d'hommes ont ainsi mis le quartier en état de siège, arrêtant 53 personnes. Le grand jeu, donc, contre un fléau que la ville feignait de croire endormi depuis dix ans : la Camorra, la mafia locale.
Près de 125 homicides depuis le début de l'année, dont 27 dans le dernier mois, Naples est secouée par une onde de violence. Scampia et le quartier voisin de Secondigliano en sont l'épicentre. On y retrouve à intervalles réguliers des corps criblés de balles, torturés à mort ou brûlés, victimes de la vendetta qui déchire le clan mafieux local. Paolo Di Lauro, 51 ans, dit "Ciruzzo le millionnaire", l'un des principaux "boss" de la Camorra, y contrôle un important trafic de drogue, qui s'est étendu à toute la ville. Mais, depuis qu'il a pris la fuite, à l'automne 2002, pour échapper à une arrestation, ses fils peinent à se faire respecter par un groupe de "sécessionnistes". Les revenus de "Ciruzzo le millionnaire" - 500 000 euros par jour, selon un repenti - font des envieux.
Tentée dans un premier temps de "laisser les soldats de Di Lauro et les rebelles s'entre-tuer", la police cherche désormais à rassurer la population. Quand des tueurs s'invitent à l'improviste dans les bars et les pizzerias pour régler leurs comptes, l'écho des détonations parvient jusqu'à Rome, où le ministre de l'intérieur, Giuseppe Pisanu, promet de "rendre coup pour coup". Chaque jour, la presse tient la chronique des perquisitions et des arrestations, celle aussi des appartements et des commerces incendiés. La guerre des clans ne connaît pas de trêve, le business non plus.
Derrière les grilles que la Camorra a érigées en certains points de Secondigliano comme autant de check-points, cocaïne, héroïne, crack et marijuana changent de mains. En particulier aux abords d'une cité assez sinistre pour être surnommée par ses habitants "le Tiers-Monde". De jeunes guetteurs à scooter patrouillent les avenues de Scampia afin de signaler l'arrivée d'inconnus et les convaincre qu'ils se sont trompés de route. Le calme règne autour de la "Vela", HLM dégradé en forme de voile de bateau, connu de tous comme "le supermarché de la drogue". De l'autre côté du boulevard, rebaptisé "rue des toxicomanes", un parc abrite une faune de dealers et de consommateurs.
"Mon père m'accompagne le matin et vient me chercher le soir", raconte une élève du lycée technique Galileo-Ferraris, énorme établissement de 2 300 élèves implanté non loin de là. Les parents ont demandé au proviseur, Vincenzo Ciotola, d'avancer les réunions prévues en soirée. Refus poli, "pour ne pas céder à l'intimidation". Mais personne n'est rassuré dans les rues de Scampia lorsque la nuit tombe. C'est l'un des quartiers de Naples les plus récents, mais il a poussé sans urbanisme véritable depuis 1964. Pas de centre commercial, peu de boutiques, aucun cinéma pour humaniser les barres de béton. "Ici, 20 % de la population sont liés à la Camorra et empêchent les autres 80 % de vivre normalement au quotidien", explique Gaetano Di Vaio, un ancien délinquant du quartier, ex-taulard aussi, qui fait aujourd'hui l'acteur dans des téléfilms.
Militante associative dont le mari, décédé récemment, initiait les jeunes du quartier à l'art de la fresque murale, Mirella Pignatora sourit tristement de la brusque mobilisation policière : "Le mort qui reste sur le trottoir, on le voit. Mais on ne voit pas tous ceux qui meurent un peu plus chaque jour par absence d'espoir." Elle ne croit pas à une volonté politique d'éradiquer la mafia : "Nous savons tous qui sont et où sont les camorristes." Paulo Di Lauro et ses onze enfants ont ainsi vécu pendant plus de vingt ans à Secondigliano, dans un logement bunker à proximité de la caserne des carabiniers. Le vice-questeur Pasquale Errico reconnaît une forme d'impuissance : "La Camorra est une pieuvre qui se régénère en permanence, explique- t-il. Quand un chef est arrêté, il sait déjà par qui il sera remplacé."
L'originalité de la mafia napolitaine par rapport à Cosa Nostra, en Sicile, réside dans l'absence d'une structure d'autorité pyramidale. Il n'existe aucun parrain, aucune "cupola", pour centraliser le pouvoir. La Camorra est une juxtaposition de clans qui travaillent en autonomie chacun sur un territoire bien délimité.
A Naples, les choses se gâtent quand un boss tente de s'imposer aux autres. Rien que pour l'année 1981, la tentative de prise de pouvoir par Raffaele Cutolo avait fait 273 morts.

# Posté le vendredi 12 mai 2006 11:09

Modifié le mercredi 07 novembre 2007 06:01