La première preuve officielle de l'existence de la Camorra comme entité organisée date de 1820, à Naples. Et dès 1860, il est établie que la Camorra pratique l'extorsion et la contrebande, pratique criminelle qui est encore sa grande spécialité à l'heure actuelle. Pour autant, la Camorra n'a jamais eu l'architecture unifiée de sa consoeur sicilienne. La Camorra s'est toujours caractérisée par une réelle instabilité de ses structures et ses incessantes guerres des gangs. Le grand tournant se produit au cours des années 1970-1980 avec l'initiative de Raffaele Cutolo qui tenta d'unifier les différents groupes autour de l'autorité d'un seul chef. Cutolo fonda la Nuova Camorra Organizzata (Nouvelle Camorra organisée, NCO) dans sa ville d'Ottaviano, le 24 octobre 1970. Cutolo imposa un serment d'initiation, une hiérarchie et des règles. Le fief de la NCO se situait plus à l'est de Naples (où se trouve Ottaviano) et Cutolo le campagnard fait appel à l'identité de la Campanie* rurale plutôt que de sa capitale Naples. Au départ la NCO n'était qu'un gang né en prison qui parvint à s'emparer de la Campanie à toute vitesse. D'abord la NCO pratiqua l'extorsion, puis le trafic de drogues. C'est alors qu'à ce moment là le pouvoir de Raffaele Cutolo fut contesté par divers gangs, regroupés autour de Michele Zaza, prenant le nom de la Nuova Famiglia (Nouvelle Famille, NF). Zaza, surnommé « o'pazzo » (le fou), était alors basé à Nola, en banlieue de Naples. Il était le spécialiste de la contrebande de cigarettes et entretenait de très bonnes relations avec la Cosa Nostra sicilienne. A partir de 1977, une guerre sans merci fait rage entre la NCO et la NF. De 1977 à 1993, plus de 1500 personnes sont assassinés en Campanie. Zaza en sortira vainqueur.
Le 22 novembre 1980, un terrible tremblement de terre (2735 morts, 8848 blessés, 300 000 sans-abri) déverse sur la région de Naples 40 milliards de lire destinés à la reconstruction. La technique de la Camorra consista à orienter l'argent de la reconstruction vers des « sociétés amies ». Ce drame marqua un tournant dans l'histoire de l'organisation criminelle. En détournant une grande partie de l'aide, conjugué avec les profits tirés du trafic de drogue, la Camorra se transforma en véritable pouvoir économique. L'Italie découvre alors qu'il y a une autre entité criminelle au sud de l'Italie, aussi redoutable que la Cosa Nostra.
A ce moment là, la Camorra de la NF et de la NCO attira à elle une foule de criminels (en 1980, on estime le nombres de camorristes à plus de 10 000). Mais la visibilité et la dangerosité de Cutolo provoquèrent l'arrestation de 800 camorristes le 17 juin 1983.
A ce moment là, le déclin de la NCO s'amplifie. Les partisans de la Nuova Famiglia ont véritablement gagné la partie.
Dans les années 1980-1990, une autre figure s'imposa au sein de la Camorra : Carmine Alfieiri. Sa prise de pouvoir se fera de nouveau dans la violence.
De plus, au début des années 1990, Un autre camorriste, Gennaro Licciardi fonde un gang dans un quartier nord de Naples (Secondigliano) appelé « l'Alliance de Secondigliano ». Sa s½ur, Maria Licciardi, reprendra la direction du gang après la mort de son frère. Elle sera arrêtée en 2001.
Alfieiri se feras arrêté en 1992 et deviendras repenti en 1993. À la même époque les principaux chefs de la Camorra meurent : Gennaro Licciardi, Lorenzo Nuvoletta et Michele Zaza (1994). Certains déclarent alors un peu vite les derniers jours de la Camorra. A tort, car le pouvoir de la Camorra est toujours intact. Et de nouveau noms font leurs apparition : Edoardo Contini, Giuseppe Misso, Pasquale et Salvatore Russo, Michele Zagaria, etc.
La Camorra a pour activités criminelles majeures et traditionnelles le racket des commerçants, l'usure, les marchés public truqués, le trafic de drogue (cannabis, héroïne, opium et en particulier de la cocaïne) et des cigarettes, la contrefaçon (vêtements de grandes marques, etc.), la contrebande, l'importation clandestine de viande, la fraude à la Communauté Européenne, le trafic d'êtres humains (migrants, traite des blanches, tourisme sexuel, pornographie), sans oublier les deux secteurs "traditionnels" du monopole du jeu clandestin et de la production de béton en Campania. La Camorra s'est aussi diversifié : trafic d'armes, d'êtres humains, proxénètisme, etc.
L'organisation a su infiltrer toute la société de Campanie. Les syndicats de salariés par exemple, ce qui est loin d'être neutre dans une région rongée par le chômage et la pauvreté. La classe politique régionale est également infiltrée par la Camorra, au point qu'aucune élection ne peut se gagner sans la Camorra.
La Camorra demeure aujourd'hui une entité criminelle atypique, dans le sens où, contrairement à Cosa Nostra, elle recrute massivement et ne dispose pas d'une hiérarchie claire et stable. Il s'agit d'une juxtaposition de familles, sans véritable structure, vivant de manière relativement autonome sur leurs territoires respectifs.
Au début des années 2000, il semble que les gangs camorristes en milieu urbain comprennent chacun environ 50 à 70 membres et 30 à 40 en zone rurale. Il y aurait environ 100 familles criminelles représentant 6000 à 7000 membres.
La présence de la Camorra à l'étranger est bien établie en particulier en Europe (France, Allemagne, Suisse, Pays-Bas, Espagne, Autriche, Albanie, Monténégro, etc.), au Canada, aux États-Unis, en Australie et en Amérique Latine (Argentine, Bolivie, Brésil, Venezuela, Uruguay).
*La Région de Campanie (en italien : Regione Campania), plus couramment appelée la Campanie, est une région d'Italie méridionale. Sa capitale est Naples.