Giuseppe Calò

Giuseppe Calò
Giuseppe Calò est né en 1931 à Palerme. En 1954 il vengea la mort de son père en tuant son assassin Pietro Scaletta, et la même année il devint un membre de la Cosa Nostra sicilienne au sein de la Famille de Porta Nuova à Palerme. En 1962, quand le parrain de la Famille Carlo Brandaleone mourut, Calò le remplaça. Au début des années 70 il devint un capomandamento (un capomandamento est quelqu'un qui commande trois Familles dans sa province) et faisait parti de la Commission de la province de Palerme. A la fin des années 70, il parti à Rome sous le nom de Mario Agliarolo ; dans la capitale italienne il était soutenu par une decina (une équipe de mafiosi exerçant la plupart de leurs activités criminelles en dehors de la Sicile (decina : dizaine)) de la Cosa Nostra implantée à Rome. Il avait également des liens avec les Brigades Rouges* ; avec la Banda della Magliana (une organisation criminelle de Rome) ; avec plusieurs politiciens ; des francs-maçons ; des agents secrets des banquiers et même des évêques de l'Église Catholique. Il était surnommé "il cassiere" (le caissier) parsqu'il occupait de blanchir des milliards de lire pour le compte de la Cosa Nostra sicilienne. Il fut accusé d'être impliqué dans plusieurs des affaires les plus obscures de la Mafia, comme les meurtres du journaliste Carmine Pecorelli, des banquiers Michele Sindona et Roberto Calvi, de l'avocat Giorgio Ambrosoli, et des juges anti-Mafia Rocco Chinnici, Giovanni Falcone et Paolo Borsellino.
En 1978, la Commission de Cosa Nostra demanda à Calò de parler aux Brigades Rouges, pour que ceux-ci relâche le politicien membre de la Démocratie Chrétienne Aldo Moro ; détenu en otage. Mais Calò leur déclara que Andreotti ne voulait pas qu'ils le relâche : une preuve évidente des liens entre "il cassiere" et les politiciens importants du pays. Finalement, l'État italien refusant de libérer les militants des Brigade Rouges incarcérés, Aldo Moro est assassiné le 9 mai 1978.
Carmine Pecorelli fut assassiné à Rome le 20 mars 1979 ; selon l'enquête de la police les tueurs étaient le mafioso Sicilien Michelangelo La Barbera et le terroriste Massimo Carminati ; Pecorelli fut tué parce Giulio Andreotti, un ministre italien membre du parti politique italien de la Démocratie chrétienne, n'aimait pas les articles que le journaliste écrivait. Les liens entre Andreotti et la Mafia furent révélés plus tard. L'avocat Giorgio Ambrosoli fut tué à Milan le 12 juin 1979 ; il était le commissaire liquidateur de l'empire bancaire en faillite de Michele Sindona et était sur le point de prouver les trafics louches de Sindona, ainsi que ses rapports obscurs avec des hommes politiques, des militaires, et des membres de la mafia. Roberto Calvi était un important banquier, il dirigeait notamment la plus importante banque d'Italie : Banco Ambrosiano. La gestion de Roberto Calvi laissa un déficit de 1,4 milliard de dollars dans les caisses de Banco Ambrosiano. La destination des sommes disparues, dont une part importante appartenait à la Mafia, n'a jamais été élucidée. Calvi fut retrouvé pendu à un pont de Londres le 18 juin 1982. Un autre banquier qui avait des liens avec la Mafia, Michele Sindona, fut empoisonné dans sa cellule de la prison de Voghera le 22 mars 1985.
Le 23 décembre 1984, une bombe explosa dans le train "rapido 904", allant de Milan jusqu'à Naples. L'explosion eu lieu à San Benedetto Val di Sambro, près de Bologne, et causa 16 morts et 100 blessés. Cet attentat est attribué à la Cosa Nostra sicilienne ; Toto Riina, le capo di tutti capi, faisait pression à l'État Italien pour qu'il laisse la Mafia faire leurs affaires tranquillement, en échange, il arrêterait les attentats. On attribut cet attentat à Giuseppe Calò. "Il cassiere" fut arrêté à Rome de 31 mai 1985, dans un bel appartement ; en compagnie de deux mafiosi Antonino Rotolo et Lorenzo Di Gesù. Il fut condamné à vie pour plusieurs meurtres. Aujourd'hui, la position de Calò au sein de la Cosa Nostra est incertaine ; certains disent qu'il est toujours le boss officiel de la Famille de Porta Nuova, d'autres disent qu'il s'est retiré depuis les années 90.


*Les Brigades rouges (Brigate Rosse) est une organisation terroriste italienne d'extrême gauche. Pratiquant ce qu'ils appellent la « propagande par le fait » (attentats, hold-ups et assassinats multiples de banquiers ou de politiciens), les différents groupes ayant utilisé l'appellation « Brigades rouges » ont été poursuivis et condamnés à diverses époques par les autorités italiennes.

# Posté le mercredi 26 juillet 2006 13:50

Modifié le mercredi 07 novembre 2007 05:50

Al Capone et la date limite de consommation

Al Capone et la date limite de consommation

Le 24 octobre 1929, les marchés boursiers new-yorkais s'effondrent. Les évènements de cette journée déclenchent alors une crise économique mondiale qui mena à une baisse des prix et à une augmentation significative du chômage. Cette crise économique est appelée la Grande Dépression, et plonge toute l'Amérique dans la détresse. La ville de Chicago n'échappe à la règle, et beaucoup d'habitants pauvres de la ville vivent dans la misère, y compris de nombreux Italo-Américains. Or, dans sa légende, toute mafia digne de ce nom doit une mission sociale à sa communauté d'origine. C'est alors qu'intervient le célèbre Al "Scarface" Capone, à l'époque chef présumé de l'Outfit, la Famille mafieuse de Chicago.
A partir de 1930, Capone et ses hommes « persuadent » (en utilisant la menace, et si besoin est la violence) les laiteries locales d'offrir chaque jour quelques milliers de bouteilles de lait aux paroisses italo-américaines, pour les enfants fragiles. Par peur des mafieux, L'industrie laitière accepte malgré elle. Mais peu après, des curés furieux préviennent la Famille qu'on leur livre du lait tourné. Al Capone, fou de rage, invite fortement les patrons du syndicat laitier à apposer désormais une date limite de consommation sur toute bouteille de lait vendue à Chicago, et les prévient que si l'un d'entre eux refuse, il ira « dormir avec les poissons ».
En 1931, Capone est condamné à 11 ans de prison pour fraude fiscale. Le lobby de l'agroalimentaire tente alors de faire annuler la mesure coûteuse consistant à apposer une date limite de consommation sur ses produits. Mais il faudra peu de temps au lobby pour s'apercevoir que l'individu compte peu dans une Famille mafieuse. En effet, Frank Nitti, le successeur de Capone, informe poliment le lobby que l'ordre et les menaces de "Scarface" restent valides. A contrecoeur, l'industrie laitière n'a plus qu'à appliquer à l'Amérique entière un système de date de péremption qui s'étendra plus tard au reste du monde. Ainsi, un réel progrès dans l'ordre de la santé publique a été initié par l'une des Familles les plus redoutables de la Mafia italo-américaine.

# Posté le lundi 25 septembre 2006 00:53

Modifié le mercredi 07 novembre 2007 05:50

Paul Vario

Paul Vario
Paul Vario (12 juillet 1914 - 22 novembre 1988), surnommé "Paulie", a vécu toute sa vie à New York. Il fut impliqué pour la première fois avec la Mafia au milieu des années 20, développant rapidement une réputation de truand impitoyable qui tuerait sans hésitation n'importe qui le trahissant. Les procureurs fédéraux qui l'ont mis en prison ont dit de lui qu'il était "un des criminels les plus violents et les plus dangereux dans la ville de New York." C'était un capo de la famille Lucchese, son crew, basé à Brownsville*/East New York** (Brooklyn), était impliqué entre autre dans l'usure, le jeu, les paris et le loto clandestins, le racket des syndicats, le détournement des marchandises à l'aéroport JFK, et le braquage de camions transportant des marchandises. Il possédait un certain nombre d'entreprises légitimes, y compris un magasin de fleur, un restaurant et une compagnie de taxis. Il avait quatre frères, Teodoro (surnommé "Tuddy"), Tommy, Salvatore et Lenny. Tuddy dirigeait la compagnie de taxis et le "Presto Pizzeria", le restaurant de Vario. On estime que les revenus de Paul Vario étaient d'à peu près 25 000 dollars par jour. C'était un homme très riche. Henry Hill, un associé des Lucchese qui deviendra informateur, a déclaré que Paulie lui avait un jour montré un coffre-fort rempli d'1 million de dollars en cash. Paulie était très bon pour empêcher les guerres entre les familles. Il avait une compétence diplomatique qui lui a permise de gérer ses entreprises sans trop d'ennui et de calmer les différents entre mafieux avant qu'ils n'aient éclatés en guerre. Ses qualités diplomatiques l'ont également aidé dans des opérations de corruption des syndicats où son crew extorquait des millions de dollars chaque année à des entreprises qui ne voulaient pas que les grèves des syndicats leurs fassent perdre de l'argent.
Vario était considéré comme étant très paranoïaque et parlait aux associés à l'aide d'une cabine téléphonique, il communiquait souvent à travers des messagers. Il préférait communiquer davantage avec des grognements et des signes de la tête. Avec son épouse Phyllis, il a eu trois fils, Peter, Paul, Jr., et Lenny qui sont tous d'une manière ou d'une autre impliqué dans les affaires de leur père. Paul Vario Jr. était un bon ami d'Henry Hill. Lenny Vario, le fils préféré de Paul Sr., mourut brûlé vif alors qu'il incendiait une propriété appartenant à un syndicat.
Il mesurait 1,82 mètre et pesait 113 kilos, mais sa structure osseuse donnait l'impression qu'il pesait encore plus que cela. Ses hommes le comparaient à un sumo. Avec ses bajoues qui pendaient, il avait l'apparence d'un féroce bulldog. Il se déplaçait lentement parce qu'il estimait n'avoir pas à se déranger pour qui que se soit et que les choses se plieraient à sa volonté, d'une manière ou d'une autre. Paulie était aussi considéré comme étant un goinfre. Une légende populaire dit que Vario mangeait souvent sans fourchette. Il pouvait aller dans un restaurant chic et manger ainsi, portant le plat jusqu'à son visage et mangeant directement la nourriture. Cependant, il cuisinait très bien et ses pasta fagiole (recette de pâtes aux haricots) étaient renommées comme étant les meilleures de New York. Vario était également réputé pour être brutal et sans pitié. Henry Hill, qui deviendra le protégé de Vario, fut témoin un jour, alors âgé de 12 ans, de la violence de "Paulie". Ce jour-là, Vario gara sa voiture devant un bar, sorti une batte de baseball du coffre de sa voiture, et tabassa sévèrement le barman, qui se retrouva avec la clavicule cassée. Des rumeurs couraient comme quoi le barman avait eu une aventure avec la femme de Vario.
Parmi les associés de Paul Vario, il y avait le gangster irlando-américain Jimmy Burke et Henry Hill. Vario possédait sa compagnie de taxis dans la rue où Henry Hill a grandi, et Vario a prit Hill sous son aile quand le garçon avait 12/13 ans. Vario fut ravi quand il su que la mère d'Henry Hill venait de la même région de Sicile que lui. Henry effectuait des petites missions pour Vario, agissant un peu en tant que valet. Les années passèrent, et c'est Vario qui lança Henry Hill dans la vie criminelle, indiquant à tous ses associés que celui-ci était son neveu. Si Henry Hill avait été italien à 100% (son père était irlandais), Paulie se serait battu pour qu'il soit nommé membre de la Famille Lucchese. C'est pendant un double rendez-vous en compagnie de Paul Vario Jr. que Hill rencontra sa femme, Karen. Elle deviendra plus tard une messagère d'Henry Hill, rapportant les messages à Paul Vario, avec qui elle a eu une aventure. Quand le protégé de Jimmy Burke, Tommy DeSimone, essaya de violer Karen Hill, Vario, fou de rage, organisa une réunion avec des membres de la famille Gambino et leurs révéla que DeSimone était responsable du meurtre de deux de leurs membres, les incitant à assassiner DeSimone. En 1972, Paulie a été mis en prison pour trois ans pour détournement de marchandise, ce qui l'empêchât de devenir boss de la Famille Lucchese.
A sa sortie de prison, Paulie organisa avec des dealers colombiens un trafic de drogue qui aurait du lui rapporter une importante somme d'argent. Mais toute la marchandise fut saisie dans le Queens par la DEA (en tout 30 tonnes de narcotiques) avant même que Paulie n'ait reçu la marchandise. Apparemment, un informateur avait parlé de l'arrivage de drogue à la police. En 1978, Vario fit fortune en organisant avec Jimmy Burke le casse de la Lufthansa. Il volèrent en tout près de six millions de dollars en cash et en bijoux à la compagnie aérienne allemande, la Lufthansa. Après le casse, Vario et Burke tuèrent presque toutes les personnes qui avaient participés au casse, non seulement pour éviter d'être balancé, mais également pour garder l'argent qu'ils avaient pris. En 1984, Vario fut condamné à la prison à vie, en grande partie en raison du témoignage de son protégé, Henry Hill. Henry avait mis en place un réseau de trafic de cocaïne, grâce à des contacts qu'il avait à Pittsburgh, et il se faisait beaucoup d'argent. Le problème, c'est qu'il savait que Paulie ne voulait pas de trafiquants de drogues dans son crew, car cela l'exposait trop face à la justice. Henry vendait donc de la drogue sans la permission de Vario. Puis il commença à prendre de plus en plus de sa cocaïne, et devint petit à petit complètement déconnecté de la réalité. Et ce qui devait arriver arriva ; Hill fut arrêté par la police. Il n'avait alors que peu de choix ; il savait que Vario, furieux de cette trahison, essayerait de le tuer. Qu'il soit en prison où en cavale, la Mafia le retrouverais et le tuerai. Henry Hill décida alors de devenir un témoin pour le gouvernement. Vario est mort derrière les barreaux en 1988, à l'âgé de soixante-treize ans, de complications respiratoires.
C'est Alphonse "Little Al" D'Arco qui prit la tête de son crew à sa mort.
Dans le film "Les Affranchis" (1990) de Martin Scorsese, qui raconte la vie d'Henry Hill dans la Mafia, Paul Vario est un personnage important. Son personnage s'appelle "Paul Cicero" et est interprété par l'acteur Paul Sorvino. Le personnage d'Henry Hill est interprété par Ray Liotta, celui de Jimmy Burke (Jimmy Conway dans le film) par Robert DeNiro, et celui de Tommy DeSimone (Tommy DeVito dans le film) par Joe Pesci. D'ailleurs, Paul Vario adorait le film de Martin Scorsese, "Mean streets"***. Il a dit à son crew entier d'aller voir le film, leur indiquant que c'était un film sur leurs vies.


*Brownsville est un quartier situé au centre de Brooklyn, à New York. Des années 1880 jusqu'aux années 1950, Brownsville abritait une forte population de Juifs d'Europe de l'Est, mais aujourd'hui la majorité des résidents du quartier sont Antillais, Hispaniques et Afro-américains. Dès les années 1930 Brownsville a acquit la réputation d'être un quartier extrêmement pauvre, sale et criminel. Le célèbre gang Murder Incorporated est né à Brownsville. Murder Inc. était un groupe de jeunes gangsters Juifs et Italiens basés à Brownsville, créé pour exécuter les meurtres commandités par la Cosa Nostra italo-américaine. Les plus célèbres d'entre eux étaient Louis Capone, Harry "Happy" Maione, Frank "Dasher" Abbandando, Vito Gurino, Mendy Weiss, Martin "Bugsy" Goldstein, Louis Capone, Harry "Pittsburgh Phil" Strauss, Allie Tannenbaum, Seymour Magoon, et Charles "Bugs" Workman et Abe "Kid Twist" Reles, le leader de la bande. Murder Incorporated fut cogérée par Bugsy Siegel, Albert Anastasia et Louis "Lepke" Buchalter.

**East New York est un quartier populaire situé à l'est du borough de Brooklyn, à New York City. Dans les années 1930, les résidents du quartiers étaient Italiens, Juifs, Allemands, et Russes. Après la Seconde Guerre Mondiale, des milliers d'industries changèrent d'usines et quittèrent New York, laissant beaucoup de résidents d'East New York sans emplois. De plus, à cette période, de nombreux Porto-Ricains et Afro-Américains emigrèrent à New York à la recherche d'un emploi. Une foi que les Noirs et les Porto-Ricains commençèrent à s'installer à East New York, les agents immobilliers et les propriétaires utilisèrent des menaces et la violence pour pousser les résidents Juifs à partirs, lur assurant que '' le moment était venu de vendre.''
Une fois les appartements vides, ils profitaient des nouveaux arrivants pour leur faire payer des acomptes très élevés et en augmetant considérablement les loyers. Beaucoups de propriétaires s'enrichissèrent sur le dos des nouveaux arrivants Noirs et Hispaniques. Dans les années 50 et 60, le quartier déclina jusqu'à devenir un ghetto, et à cette mème période le taux de crimes et de non-emploi augmenta.
Aujourd'hui, East New York est devenu une cité-dortoir habité essentiellement par des hispaniques, des Afro-Américains, et des Italo-Americains. Depuis 1993, le taux de crimes a relativement baissé. En 2006, par exemple, il y eu 28 homicides, alors qu'il y en avait eu 126 en 1993. Le quartier se re-dévelloppe, à l'image du centre commercial The Gateway Center, ouvert depuis fin 2002, et qui regroupe de nombreuses boutiques et restaurants.


***Mean Streets: En 1973, à New York, dans la Little Italy de Manhattan, Johnny Boy (Robert DeNiro) et Charlie (Harvey Keitel), des petits voyous à l'affût de combines louches, côtoient les mafiosi qu'ils envient. Pour accéder au haut du pavé, une règle impérative : respecter la loi d'honneur du milieu. Charlie, lui, a ses chances, car son oncle Giovanni (Cesare Danova) est un mafieux. Mais le problème se pose pour Johnny Boy, un bagarreur inconscient, criblé de dettes. Lorsque celui-ci se procure une arme à feu et commence à faire le malin, ça dérape...

# Posté le lundi 25 septembre 2006 00:57

Modifié le mercredi 07 novembre 2007 05:49

Initiation dans la Famille Gambino de New York

Initiation dans la Famille Gambino de New York
Initiation dans la Famille Gambino de New York

Dans les années 70, Salvatore "Sammy the Bull" Gravano est nommé soldat de la Famille Gambino par Paul "Big Paul" Castellano, à l'époque chef de la Famille. Après être devenu informateur, il raconte son initiation dans son livre co-écrit avec Peter Maas, "Le Repenti" :

« Toddo nous emmène dans une maison de Bensonhurst, chez "Frankie the Wop". Je ne me rappelle plus quelle rue, je n'y suis allé que cette fois-là. On entre dans la salle de séjour, où il y a déjà d'autres types. Un par un, ils nous font descendre au sous-sol. Je plane. C'est le jour le plus important de ma vie. Finalement, quelqu'un me dit : « Sammy, c'est ton tour. »
Je me sens nerveux, mais heureux en même temps. Je descends l'escalier et -je ne l'oublierai jamais- les marches grincent, elles sont en bois. Ça se passe comme au ralenti. J'entends chaque grincement. Je descends lentement et quand j'arrive en bas, je me tourne, je découvre la pièce. Obscure. Pleine de fumée. Paul Castellano est assis au bout d'une longue table, avec à côté de lui Neil Dellacroce (Aniello "Neil" Dellacroce, le sous-chef des Gambino), et Joe N. Gallo, mais pas celui des frères Gallo, le consigliere. Il y a également Toddo (Toddo Aurello, un capo des Gambino), et d'autres capi comme "Jimmy Brown" (James "Jimmy Brown" Failla).
Les gars qui ont été appelés avant moi sont aussi autour de la table.
Quelqu'un m'indique la chaise libre à côté de Paul et me dit d'aller m'y asseoir.
« Tu sais pourquoi tu est ici ? » me demanda Paul en me fixant.
C'est la seule chose que Toddo m'ait dite –ce que je dois répondre.
« Non.
- Tu connais tous ceux qui sont ici ?
- Oui, la plupart.
- Tu as de l'estime pour eux ?
- Oui.
- Cette société secrète, il y a une seule façon d'y entrer, une seule façon d'en sortir. On entre sur ses pieds, on sort dans un cercueil. Tu comprends ?
- Je comprends.
- Acceptes-tu de faire passer cette confrérie avant tout ?
- Oui.
- De tuer pour nous, au besoin ?
- Oui.
- Avec quel doigt tu appuieras sur la détente ? »
Je tends l'index. Toddo s'approche, me fait signe de me lever.
Paul, Neil et Joe N. Gallo se lèvent aussi. Les autres restent assis. Toddo me pique le bout du doigt avec une épingle, fait tomber une goutte de mon sang sur une image pieuse, place cette image entre mes mains.
« Nous allons brûler cette image », dit Paul.
Il y met le feu avec une allumette. Je suis censé la faire sauter doucement dans mes mains, comme les autres, mais je suis tellement pris par la cérémonie que j'oublie. A la fin de l'initiation, j'aurais des ampoules.
Paul me prévient que si je divulgue nos secrets, mon âme brûlera en enfer comme cette image entre mes mains. Il me fait répéter après lui.
Puis il prononce quelques mots en italien –encore aujourd'hui, je ne sais pas ce que ça signifiait. Il me dit d'écraser les cendres de l'image, de les faire tomber dans un cendrier. Neil ou quelqu'un d'autre me murmure : « embrasse Paul sur les joues. » Je fais ensuite le tour de la table pour embrasser tout le monde et je reviens près de Paul, qui me demande de me rasseoir.
Tous les autres se lèvent, se prennent par la main pour former ce qu'ils appellent « la chaîne ». En italien, Paul déclare : « Au nom de notre confrérie, je défais le lien », et ils se lâchent tous la main. On m'ordonne de me lever, de me joindre à la chaîne, et Paul dit en italien : « Au nom de notre confrérie, je renoue le lien. »
Il se tourne vers moi « Tu es membre. Tu es maintenant un ami à nous. »
Je retourne m'asseoir, on fait descendre le suivant. C'est à ce moment-là que je m'aperçois que j'ai des ampoules aux mains. Quand tout le monde à prêté serment, Paul explique que nous formons une Famille. Nous sommes la Famille Gambino. On procède aux présentations. Paul est le representante, le patron ; Neil le numéro deux ; Joe N. Gallo le consigliere. On nous présente ensuite les capi. A l'extérieur de la Famille, les présentations doivent respecter une règle précise ; si je présente quelqu'un comme un « ami à moi », il n'est rien de plus. Mais si je suis avec un membre de la Cosa Nostra et qu'on rencontre un autre membre, je serai présenté comme un « ami à nous ». Cette présentation doit obligatoirement être faite par un des nôtres.
Paul nous a expliqué ensuite qu'il y avait cinq Familles à New York. Ils nous a donné les noms de leurs chefs. Il a ajouté qu'il en existait une autre, plus petite, dans le New Jersey, et beaucoup d'autres en dehors de New York, mais sans entrer dans les détails.
Il a parlé de la Commission nationale, l'organisme dirigeant chargé de régler les différents entre Familles et de fixer la ligne. Chaque boss y participe. Il a aussi expliqué que le capo est notre chef direct. C'est par lui que tout passe. On le consulte, on lui fait son rapport. On n'a pas le droit de tuer sans sa permission. On n'a le droit de rien faire, en gros, sans le feu vert de la Famille. Mais on ne s'adresse pas au boss, on va trouver son capo. C'est la règle. Le capo en réfère à la direction de la Famille, constitué du patron, du numéro deux et du consigliere.
« Vous êtes nés aujourd'hui », dit Paul. « Toutes les disputes, toutes les rancunes d'avant ce jour appartiennent au passé. Oubliez-les. Elles sont effacées. »
Il nous explique qu'il n'y a pas de Dieu. Pas de loyauté envers le pays. Notre famille personnelle, nos femmes et nos enfants, c'est secondaire. Cosa Nostra passe avant tout, dit-il. Vous voulez croire en Dieu ? En votre pays ? En votre propre famille ? Tout ça vient après.
« Quand le boss vous convoque, vous devez venir, » continue-t-il. « Si votre enfant est mourant, s'il n'a plus qu'un quart d'heure à vivre, vous devez venir. Si vous refusez, vous serez tué. Un ordre du patron passe avant tout. C'est la seule fois où vous ne devez pas consulter votre capo. Vous ne vous lui dites pas : « Le patron m'as convoqué, que dois-je faire ? » Parce que c'est peut-être lui la cible. Je veux peut-être que vous le liquidiez. Dans quatre-vingt-dix-neuf cas sur cent, ça n'arrivera pas. Si je vous dis d'en parler à votre capo, vous le faites. Si je vous dit de ne pas le faire, vous ne le faites pas. Je suis le chef. Je suis le père de la Famille. Je suis votre Dieu. » Après ça, divers capi ont parlé de différentes choses. D'honneur, de règles. Pas le droit de coucher avec la femme ou la fille d'un autre membre. Pas le droit de porter la main sur un autre membre. Sous peine de mort. »

La cérémonie finie, une fête et un copieux repas suivent.
"Sammy the Bull" Gravano raconte par ailleurs l'étrange initiation en 1986 de Joe Paruta, un de ses associés les plus proches et les plus anciens. Joe Paruta se meurt d'un cancer. La douleur est si vive d'ailleurs que Joe Paruta demande à Gravano de le tuer.
Au lieu de ça, Sammy Gravano obtient la permission du boss de la Famille, John Gotti, d'initier Paruta. Gravano conduit alors une cérémonie abrégée, en compagnie de quelques mafieux, alors que Paruta est couché dans son lit. Joe Paruta meurt quelques semaines plus tard, apparemment heureux d'avoir été honoré de la sorte avant de mourir.

# Posté le lundi 25 septembre 2006 01:01

Modifié le mercredi 07 novembre 2007 05:49

Ronald Trucchio

Ronald Trucchio
Ronald "Ronnie One Arm" Trucchio est un capo de la Famille Gambino qui dirige un crew de 20 soldats basé dans le Queens, principalement à Ozone Park*. Le crew est connu sous les noms de “Liberty Posse,” “The Ozone Park Boys” ou encore “The Young Guns.” Trucchio est une vraie légende vivante à Ozone Park, et tout les voyous du quartier l'admire et le respecte. Il est surnommé "Ronnie One Arm" (Ronnie Un Bras) car lors de son enfance il a subi un accident de voiture qui paralysa l'un de ses bras, devenu inutilisable. Son crew, dont l'influence s'étend jusqu'en Floride, est connu pour être particulièrement violent. "The Young Guns" sont impliqués dans de nombreuses activités criminelle tel que la fraude bancaire, le trafic d'armes, le proxénétisme et le trafic de drogue (Pete Zuccaro, un soldat du crew, a été arrêté en 2005; il était à la tête d'un réseau de trafic de marijuana qui lui rapporta près de 12 millions de dollars). Les soldats de Trucchio volent aussi des voitures ou des pièces de voitures, avant de les trafiquer et les vendre. Ils sont également impliqués dans un bon nombre de braquages de banques à main armée, où ils n'hésitèrent pas à attaquer et a kidnapper des clients. Mais l'une des grande spécialité du crew est les paris sportifs clandestins.
En décembre 2002 Ronald Trucchio est arrêté avec son fils Alphonse (à l'époque 25 ans, le plus jeune soldat de la Famille), et avec 14 autres accusés. Ronald et son fils étaient à la tête d'un véritable réseau de paris clandestins sur des matchs de basket-ball, de football américain, de baseball ou encore de hockey. Ils possédaient deux propriétés à Ozone Park où ils avaient installé des bookmakers qui prenaient les paris de nombreux joueurs. Les bookmakers rencontraient personnellement chaque semaines les parieurs, puis prenaient les paris grâce à un réseau de téléphones et de codes d'accès informatique. Anthony Moscatiello, un associé des Gambino, s'occupait des opérations de jeu quotidiennes avec d'autres bookmakers. En tout, le chiffre d'affaire de ce réseau de paris s'élevait à 600 000 dollars par semaines, soit plus de 30 millions de dollars par an. Les fonds récoltés avec ces paris étaient en partie investis dans la fraude aux assurances, le racket de syndicat ou encore la prostitution. En octobre 2003, Alphonse Trucchio plaida coupable dans une affaire de corruption d'entreprise et fut condamné à une peine d'1 an et demi de prison. L'associé Anthony Moscatiello fut condamné à une peine de prison pouvant aller de 1 à 3 an. En août 2005, Trucchio fut condamné à 20 ans de détention et reçu l'ordre de payer une amende de 250 000 dollars.
A noter: L'avocat de Ronald Trucchio lors de cette affaire était Joseph Corozzo Jr., le fils de Joseph "Jojo" Corozzo, consigliere de la Famille Gambino. Lors du procès, Joseph Corozzo Jr. était poursuivi pour faux témoignage et obstruction à la justice.



*Ozone Park est un quartier de New York situé dans le Sud du Queens. Ozone Park est aujourd'hui un des quartiers les plus métissé de New York. On y trouve des populations d'origine italienne, irlandaise ou polonaise, et plus récemment des populations asiatique, antillaise et sud-américaine.
Ozone Park est un quartier traditionnellement mafieux. Le club social de John Gotti, le Bergen Hunt and Fish Club était localisé à Ozone Park. Chaque 4 Juillet (jour de la déclaration d'indépendance des états-unis, en 1776, qui était auparavant une région de Grande-Bretagne), Gotti organisait dans le quartier une grande fête avec un feu d'artifice. à son incarcération, les habitants du quartier protestèrent contre son incarcération.
Beaucoup de membres et d'associés de la Famille Lucchese on des intérêts financiers dans le quartier et y gèrent de nombreux commerces.
Tommy DeSimone (associé de la Famille Lucchese) partageait à Ozone Park un appartement avec sa petite amie Teressa Ferrara, elle-même impliquée dans diverses activités criminelles, en particulier le trafic de cocaïne à petite échelle. Elle était propriétaire d'un salon de beauté. Le 10 février 1979, elle disparue après avoir reçu un appel anonyme au téléphone lui demandant de se rendre à un café des environs. Son cadavre fut retrouvé plus tard sur une plage new-yorkaise proche du quartier de Rockaway Beach, dans le Queens. On dit que c'est le capo Paul Vario qui ordonna son exécution, pensant qu'elle informait le FBI sur le casse de la Lufthansa.

# Posté le lundi 25 septembre 2006 01:06

Modifié le mercredi 07 novembre 2007 05:49