Mais malgré ce physique, Lino était né pour devenir gangster. La Mafia était dans ses gênes ; ses deux parents venaient de Sicile, et pratiquement tout les hommes de sa famille appartenaient à la Mafia.
Son cousin Eddie faisait parti de la Famille Gambino ; son autre cousin Bobby était un membre des Bonanno. Frankie Lino avait deux fils, dont l'un d'eux, Joseph, était un membre initié de la Famille Bonanno. Durant sa carrière criminelle qui dura près de quarante ans, Lino fut associé avec quatre des cinq Familles mafieuse de New York. Il travailla pour les Genovese en 1956, puis les Colombo en 1962, et enfin les Gambino en 1969.
En 1977, son ami de toujours, Frank Coppa, l'aida à rejoindre les Bonanno. A l'époque, Carmine Galante avait le pouvoir et recrutait de nouveaux soldats dans la Famille. Il devint un membre des Bonanno le 30 octobre 1977, dans l'appartement de son capo Alphonse "Sonny Red" Indelicato à Little Italy, Manhattan.
Plus que tout, Frank Lino revendiquait être un vrai gangster « de quartier », originaire de Brooklyn. Après avoir quitter l'école dans les années 50, il entra dans les Avenue U Boys, un gang de Bensonhurst, un quartier qui accueillait à l'époque des immigrants Siciliens fraîchement arrivés en Amérique. Les Avenue U Boys faisaient principalement des cambriolages, et passaient leurs temps à se battre avec d'autres gangs, avec des noms tels que the Zippers ; the Ghosts ; the Dandies, où encore the Silver Aces.
Lino s'associa avec la Mafia pour la première fois à l'âge de 17 ans, supervisant des jeux de cartes (Black-Jack, Poker, etc.) pour un soldat de la Famille Genovese de Bensonhurst.
En 1962, "Curly" fut arrêté pour le meurtre de deux détectives de Brooklyn. Les deux policiers, âgées de 28 et 56 ans, furent tués par balles durant un braquage d'un tabac, où les criminels prirent 5000 dollars. Lino fut accusé d'avoir fourni une voiture qui permit à un des tueurs de se rendre à Chicago. Lino fut alors "questionné" par les policiers du secteur.
Les flics tabassèrent violemment Lino pour qu'il balance ses complices. Suite à ce tabassage, Lino sortit du commissariat avec un bras et une jambe cassés, et il gardera pour toujours une séquelle sur l'un de ses yeux, qui clignera sans arrêt et incontrôlablement. Les policiers iront même jusqu'à lui planter des agrafes dans les mains et même lui mettre un manche à balai dans l'anus...
Malgré toutes ces tortures horribles, Lino ne donna personne.
Il fut condamné à trois ans de sursis après avoir menacer de porter plainte contre la ville de New York pour brutalité policière.
Lino ne connaissait que le crime. Il effectua presque tout durant sa carrière, passant du trafic de "French Films" (vente illégale de films pornographiques) à des arnaques sophistiquées à Wall Street. "Curly" était également un usurier, un bookmaker, un trafiquant de drogue et un tueur- il prit part aux meurtres de six hommes.
Un jour, il revint de Pennsylvanie, et en rentrant fut surprit de voir son appartement de New York couvert de sang. Son cousin Eddie, qui partageait l'appartement avec lui, expliqua qu'il y avait eu une dispute (quelque chose à propos de 10 000 dollars, de la cocaïne et la femme d'un ami...)
La querelle s'était achevée par des coups de feu, et à présent il y avait deux cadavres dans le coffre d'une voiture, qu'il enterrèrent plus tard près de l'aéroport JFK, dans le Queens, New York.
Lino fit ensuite rénové le plancher, car c'était le seul moyen d'enlever le sang.
L'affaire légale de Frankie Lino était une entreprise de bus qu'il créa avec son fils à la fin des années 70. Lino ne connaissait pas grand-chose aux bus, ce qui ne l'empêcha pas d'être listé comme étant un "consultant" de l'entreprise. Il possédait également une pizzeria. Bien sûr, il gagnait en réalité bien plus qu'un véritable consultant ou un pizzaiolo. Quand il devint capo dans les années 90, il gagnait des centaines de milliers de dollars. Mais il ne gardait jamais son argent très longtemps. Entre ses cinq enfants, ses douze petits-enfants, et son propre style de vie coûteux (Costumes sur mesure, dîner dans des restaurants chics, sorties dans des boîtes de nuits, des voyages), Lino dépensait sans compter.
Frankie Lino échappa de peu à la mort le 5 Mai 1981, quand il accompagna les trois capi "Sonny Red" Indelicato, "Philly Lucky" Giaccone et "Big Trin" Trinchera a un meeting « de paix » entre les deux factions rivales des Bonanno dans un club de Brooklyn.
Il s'enfuit de la scène du massacre et trouva le moyen de retourner chez lui sain et sauf. Cette nuit-là, en revenant, Frank Lino craignait pour sa vie et n'avait qu'une idée en tête ; partir le plus vite possible en Pennsylvanie. Il appela son vieil ami Frank Coppa, et lui demanda de venir le voir. « Ils les ont tué, » Lino bégaya, en état de choc. « Ils portaient des cagoules, alors j'ai courut et courut de toutes mes forces. »
Coppa le calma, et le convint de rester ici. Même pas 20 minutes après, le téléphone sonna. « Réponds au téléphone, » cria Coppa. « C'est ton cousin, Eddie. »
Massino avait contacté Eddie Lino, un membre des Gambino, afin de parler à "Curly".
« Viens, » Eddie lui conseilla. « Ne t'inquiète pas, on veut juste te parler. »
Lino accepta, et retourna à la maison de sa s½ur à Staten Island, où l'attendaient Aniello Dellacroce, underboss des Gambino, son cousin Eddie et d'autres mafiosi du crew de John Gotti.
Dellacroce essaya de rassurer Frank Lino, qui était terrifié. Il demanda ensuite ; « Frank, est-ce que t'est allé voir les flics ? »
Non, répondit Frank Lino.
Puis Dellacroce ordonna aux hommes de Gotti qui étaient présents d'aller « nettoyer, » ce qui signifiait aller enterrer les cadavres des trois capi.
Il lui demanda ensuite si il avait parler à Bruno Indelicato, son capo et le fils de Sonny Red.
Lino répondit non une nouvelle fois.
« Tu sait où trouver Bruno ? » demanda Aniello Dellacroce.
Lino répondit une nouvelle fois négativement, ce à quoi Dellacroce répondit : « c'est dommage... »
Alors l'underboss des Gambino expliqua que la faction de Joe Massino était d'accord pour le laisser en vie, mais que pour prouver sa loyauté il devrait trouver Bruno et le tuer.
Apparemment, l'idée de tuer Bruno fut abandonnée au bout d'un certain temps. En 1986, Indelicato sera arrêté pour le meurtre de Carmine Galante, l'ancien boss présumé de la Famille, et sera condamné à 12 ans de prison.
Frank Lino participa également au meurtre d'un des gangsters les plus célèbres des Bonanno, Dominick "Sonny Black" Napolitano. Sonny Black était un puissant capo de la Famille. Il avait des cheveux noirs (d'où son surnom), une mâchoire carrée et un nez de César Romain. C'était un tueur, mais il avait aussi un grand sens de l'humour. Son crew était principalement actif dans le détournement de marchandises volées et le jeu.
Napolitano était un bon capo, il rapportait de l'argent, mais sa seule erreur fut de prendre sous son aile un petit trafiquant de bijoux volés, nommé Donnie Brasco. Celui-ci était en réalité Joseph Pistone, un agent du FBI en mission d'infiltration.
De 1976 à 1981, Pistone se fit passer pour Brasco, et se lia d'amitié avec Sonny Black. Les deux hommes s'entendaient bien, soulevaient des haltères ensembles, et jouaient fréquemment au bras de fer. Donnie Brasco gagnait toujours, et un jour Sonny Black cracha au visage de Donnie juste pour le déconcentrer et gagner.
Plusieurs fois, Sonny Black accueilli Brasco dans son appartement. Un jour, Donnie complimenta Sonny sur une de ses bagues qu'il portait au petit doigt. « C'était une chevalière en or blanc, en forme de fer à cheval, et sertie de diamants. »
Sonny Black en fit alors cadeau à Brasco. Celui-ci n'accepta pas. « Il aura fallu que je la remette au FBI, » explique-t-il.
Fin 1981, la terrible nouvelle retentie ; Donnie était en fait un agent du FBI. Les fédéraux proposèrent alors à Napolitano de devenir informateur, mais celui-ci refusa poliment, et préféra accepter son destin.
En effet, il savait qu'une mort certaine l'attendait, pour avoir permit à un agent fédéral d'infiltrer ainsi la Famille Bonanno.
Quand Joey Massino et Gerlando Sciascia arrivèrent au bar de Lino pour discuter d'un meurtre, Frankie Lino sauta sur l'occasion. En effet, "Curly" sentait qu'il devait toujours prouver sa loyauté à Massino, et avait encore peur d'être tué.
Lino suggéra que l'assassinat ait lieu dans la maison d'Ernest "Kippy" Filocomo, un associé de la Famille. Puis quelques jours après, Lino appela son crew pour un meeting concernant le meurtre. Etaient également présents Robert "Bobby" Lino, son cousin, Frank Coppa et Kippy Filocomo.
Frank Lino ordonna à Kippy et son fils Ronnie "The Monkey Man" Filocomo d 'être les tireurs. La seule information qu'il leur donna était que l'ordre venait de Massino et que la cible était l'homme qui avait permit à Donnie Brasco de partager les secrets des Bonanno.
Le 17 août 1981, Napolitano a fut invité à se rendre au sous-sol de la maison des Filocomo pour une "réunion". Sachant qu'il serait tué, Sonny donna ses bijoux à son barman préféré, avec les clefs de son appartement, en s'assurant que ses animaux de compagnie (des pigeons) soient nourris. Sonny Black savait qu'il quittait à tout jamais Brooklyn, sa femme, ses enfants et ses pigeons dont il adorait s'occuper.
En Janvier 2003, Frank Lino fut arrêté par le FBI avec le boss Joey Massino et d'autres membres des Bonanno. Après avoir apprit que l'underboss Salvatore "God Looking Sal" Vitale devienne informateur pour le gouvernement, Frank Lino décida également de balancer.
« Quand il a coopéré, il n'y avait plus aucune chance que je gagne [le procès], » expliquera Lino plus tard. « Il donnait tout les ordres de meurtres quand il était là. »
Son témoignage, ainsi que celui de plusieurs autres "repentis", permit à la justice de mettre le boss Joey Massino en prison à vie.




