Ce clan, organisé en une fédération de Familles, a une structure agressive, moderne, profondément différente de la « Camorra des villes », celle de Naples.
A partir des années 80, les Casalesi ont construit des relations avec les principaux groupes criminels internationaux, chassant les Cutoliens (les camorristes fidèle au boss Raffaele Cutolo) de leurs propres terres, exportant même de la drogue à Palerme, avec la bénédiction de Cosa Nostra.
Le clan des Casalesi est un des groupes camorristes les plus évolué, mélangeant tradition paysanne et de grandes compétences entrepreneuriales.
Et pourtant, il est rare de trouver des informations sur cet immense pouvoir criminel qui, dans le Casertano (province de Caserta, Campanie, Italie), exerce un contrôle total, aussi bien militaire (dans le sens camorriste du terme) qu'économique.
Un pouvoir radical sur un territoire fortement agricole, mais qui compte pourtant plus de 500 entreprises de bâtiments et représente le lieu d'Europe où l'on trouve le plus de voitures de luxe.
A Casale, la violence muette qui opprime les gestes les plus simples de la vie quotidienne se ressent lourdement. Par exemple, ont peut voir certaines vitres blindées des commerces trouées par des balles, un symbole qui montre qu'ici, les camorristes ont réussi à imposer leur domination féroce.
Certaines rues du bourg ne sont jamais asphaltées, d'autres le sont parfaitement, particulièrement celles où l'on trouve les villas-bunker des affiliés au clan, afin d'éviter que les roues de leurs Mercedes ne soit tachées par quelques saletés que l'on trouve sur les routes « normales ».
Dans la périphérie de Casale, sont entassées des montagnes de déchets en putréfaction. L'entrée de la ville est surveillée par des patrouilles de jeunes en scooters, et les panneaux routiers sont criblés de balles.
Dans le village, il n'y a pas de bibliothèque, de parcs, de véritables lieux de rencontre, mais seulement des immeubles en ciment gris, construits sans aucun permis. Tous les commerces payent le pizzo à l'organisation, et s'ils ne payent pas c'est qu'ils sont directement gérés par le clan.
L'histoire des Casalesi commence avec Antonio Bardellino, fils d'ouvrier, et lui-même carrossier dans un garage. Le soir, après le travail, il rencontre Mario Iovine. Les deux jeunes hommes se disent qu'ils veulent changer de vies. Alors, au début des années 70, ils créent une bande. Ils font des braquages dans des tabacs, des stations-essences, et extorquent quelques commerçants des villages voisins.
Puis vient la prison, qui renforcera leur amitié. Et ils pensent grand, les deux amis. Ils veulent s'emparer de la province entière, créer un nouveau pouvoir criminel dans les limites du Casertano. Pour cela, ils veulent se libérer de la concurrence de la vieille camorra rurale, mais surtout des Cutoliani, représentés alors dans la zone de Casale par la Famille Simeone.
Ils éliminent en premier les petits guappi de la zone : Dante Pagano, Giuseppe Pedana. Puis s'en prennent aux Simeone. Huit homicides s'en suivirent, et marquèrent la fin d'une époque et le début d'une nouvelle ère criminelle.
A la seconde moitié des années 70, Bardellino était devenu le chef d'un cartel de plusieurs clans camorristes qui opèrent plus ou moins en autonomie.
Bardellino, en plus d'être charismatique, a réussi à créer des liens étroits avec des politiciens. Il est prudent, et a apprit de ses alliés de la Cosa Nostra Sicilienne (Stefano Bontade, Gaetano Badalamenti et Tommaso Buscetta) l'importance du silence, de la discrétion.
Le véritable intérêt de Bardellino était dans le trafic de drogue. Il ouvrit des entreprises au Brésil et une à Saint Domingue. Il établit de solides contacts avec les trafiquants colombiens du Cartel de Medellin, auprès duquel il obtient leur confiance, et de bons prix sur la cocaïne. Il fera venir de grandes quantités de coke dans le Casertano, qui partiront pour le Nord de l'Italie et le reste de l'Europe pour être consommées.
Puis il s'installa à Saint Domingue, et avec le temps il apprit à apprécier la vie sur l'île Sud-Américaine et se mit à investir l'argent qu'il avait gagné avec le narcotrafic ; bateaux, villas, bijoux, mais également des bars, hôtels, restaurants, casinos.
Là-bas, il fonde également une (seconde) famille ; il aura trois enfants avec sa maîtresse.
Puis vers la fin des années 70, il établie des rapports avec les puissants clans camorristes de Carmine Alfieri et des Nuvoletta, de Marano (Campanie). Don Lorenzo Nuvoletta est alors le référent direct de Cosa Nostra en Campanie.
Ensemble, les trois parrains veulent affronter la Nuova Camorra Organizzata (NCO) de Raffaele Cutolo, qui commande depuis sa cellule environ 5 000 affiliés, et compte être le seul et unique boss en Campanie.
A Marano, le 8 décembre 1978, se tient la réunion qui donnera naissance à la Nuova Famiglia (NF), cartel réunissant les rivaux des « Cutoliens ».
A la fin de la rencontre, Antonio Bardellino propose d'aller avec Mario Iovine poser une bombe chez les Cutolo à Ottaviano, village sur les pentes du Vésuve.
C'est le début d'une guerre entre la NCO et la NF, qui fera 3 000 morts, et dont la NF sortira victorieuse.
En juin 1982, avec les votes du clan, Antonio Bardellino fait élire son frère Ernesto, alors financier du clan, comme maire de San Cipriano sur la liste socialiste. Ernesto Bardellino a toujours aimé faire de la politique. Des années plus tard, il tentera de s'inscrire au Parlement avec les socialistes, mais la secrétaire nationale du Parti Socialiste Italien et le président de la République Sandro Pertini s'y opposeront.
En 1983, Antonio Bardellino est arrêté en Espagne. Il suspecte qu'un de ses alliés l'ait vendu. Il soupçonne particulièrement le puissant clan des Nuvoletta, de Marano, qui l'auraient vendu pour prendre le pouvoir dans le Casertano.
Bardellino, en corrompant un juge espagnol, sort de prison et retourne en Italie, pour prouver à tout le monde qu'il était encore là, et qu'il était toujours le boss.
Avec son allié Carmine Alfieri, il met en place un plan pour éliminer les Nuvoletta: une expédition dans la villa du clan, à Marano, au c½ur de leur empire. Le projet initial de Bardellino était d'éliminer entièrement le clan, mais le 10 juin 1984, dans la villa, les hommes de Bardellino ne trouve que le frère du boss, Ciro Nuvoletta, et le criblent de balle.
Cet incident augmenta le prestige, la légende du boss Bardellino, qui fut capable de se venger sur le territoire de son ennemi.
Le 26 août 1984, le clan de Bardellino extermina des hommes du clan Gionta, alliés aux Nuvoletta, dans ce qui est désormais connait comme le massacre au Circolo dei Pescatori, lieu traditionnel du clan Gionta.
Le plan de Bardellino était simple et sans pitié. Dimanche matin. Un car touristique loué voyage vers Torre Annunziata. Derrière suivent deux voitures. En tout, quatorze tueurs sont présents. Dans leurs sacs, des mitraillettes et des Kalachnikov. Quand le groupe de tueurs arrivent au Circolo dei Piscatori, ils s'aperçoivent qu'il y a beaucoup de monde, mais ils décident quand même d'ouvrir leurs sacs, et de tirer sur tout ce qui bouge, puis repartent. A terre restent 8 morts et 7 blessés. Les ennemis sont anéantis. Avant même que l'équipe de tueur reviennent, la nouvelle a déjà fait le tour de Naples et des environs. Il y a un nouveau pouvoir criminel en Campanie.
La fin du conflit avec les Nuvoletta fait d'Antonio Bardellino le boss absolu du Casertano. Son clan contrôle les administrations publiques, encaisse des milliards avec le trafic de drogue, ouvre des sociétés et y nomme des dirigeants qui servent de prête-noms, s'insère dans les grands travaux de reconstruction suite au tremblement de terre de l'Irpinia (qui eu lieu le 23 Novembre 1980, laissa 2 914 morts, 10 000 blessés et 300,000 sans-abris).
Puis le clan investit en Italie Septentrionale, à l'étranger, particulièrement en Europe de l'Est ; appels d'offres, immobilier, usines, terrains. Entre 1984 et 1986 il fait l'aller et retour entre l'Italie et l'Amérique du Sud. Il laisse Mario Iovine, son numéro deux, gérer les affaires locales, ainsi que ses neveux Paride et Antonio Salzillo. Mario Iovine, Vincenzo De Falco, Francesco "Sandokan" Schiavone, Francesco "Cicciotto 'e Mezzanotte" Bidognetti, Vincenzo Zagaria étaient les principaux chefs de l'organisation Casalese.
Cependant, la présence des Salzillo devient encombrante. Leurs choix n'est pas en accord avec des membres importants du clan, comme Vincenzo De Falco, Francesco "Cicciotto 'e Mezzanotte" Bidognetti et Francesco "Sandokan" Schiavone, les étoiles montantes des Casalesi.
Bidognetti et Schiavone, disposant d'un pouvoir camorristique aussi bien militaire qu'économique, se lassent de Bardellino, et mettent en place une stratégie machiavélique pour le remplacer. Ils urgent Bardellino de revenir en Italie pour tuer Mimì Iovine, frère de Mario Iovine, justifiant l'action en déclarant à Bardellino que Mimì était suspecté d'être un informateur. Bardellino fait assassiner Mimì alors que celui-ci se rendait à son travail.
Puis Sandokan Schiavone et Enzo De Falco poussèrent Mario Iovine à tuer Bardellino, lui assurant que son frère avait été assassiné sur les ordres de Bardellino sans aucune raison apparente.
Nous sommes le 26 mai 1988. Iovine s'envola jusqu'au Brésil pour rencontrer Bardellino, sous prétexte de parler d'affaires. Une fois là-bas, la thèse la plus plausible fut Iovine qui brisât le crâne de Bardellino avec un marteau, et enterre le corps (qui ne fut jamais retrouvé) dans une plage brésilienne.
Après la mort de Bardellino, Iovine téléphone à Schiavone, De Falco et leur fidèles et leur averti de passer à la seconde partie du plan : tuer tous les fidèles de Bardellino.
La première attaque concerne les frère Salzillo ; Antonio réussi à se mettre à l'abri, mais son frère Paride n'a pas cette chance, et est capturé par les autres camorristes très rapidement. Ils l'emmènent dans un appartement, l'attachent à une chaise et l'étranglent avec une corde.



