Anthony "Tumac" Accetturo (né en 1938) est un ancien capo de la Famille Lucchese, à la tête de la faction du New Jersey. Son respect des règles de la Mafia et son talent de criminel firent de lui un membre de haut rang des Lucchese, et un multimillionnaire.
Tony Accetturo est né dans une famille de six enfants. Ses parents étaient des immigrés Siciliens. Accetturo grandi dans les années 1940 et 50 à Orange, une banlieue ouvrière et miteuse de Newark, New Jersey. Son père, Angelo, était un boucher et le propriétaire de sa propre affaire, Accetturo's Meat Market. Angelo essayait de transmettre son métier à Anthony, mais celui-ci préférait exercer son talent dans les salles de billard. "Tumac" n'était pas intéressé par l'éducation, et faisait régulièrement l'école buissonnière. Il quitta définitivement l'école à 16 ans, avec l'autorisation de ses parents. C'est alors qu'il fut envoyé chez de la famille à Newark, où il devint membre d'un gang de rue Italo-américain, composé d'une cinquantaine de jeunes voyous. C'est au sein de ce gang que Tony Accetturo forgea une réputation de bagarreur impitoyable, lorsqu'il tabassa à coup de béquille et assomma le membre d'un gang adverse. C'est à ce moment-là qu'il fut surnommé "Tumac". Le surnom venait d'un film de 1940, "One Million B.C", où l'acteur Victor Mature interprète le héros du film, Tumac, un homme des cavernes courageux et rude. Accetturo était très fier de ce surnom, et l'adopta pour toute sa vie.
Quand il ne se battait pas, Accetturo, avec d'autres jeunes, se procurait de l'argent en vandalisant des juke-boxes et des distributeurs automatiques de cigarettes, et en y volant les pièces. Ces vols à répétition commencèrent à déranger les commerçants du quartier, et aussi (et surtout) le caïd local, Anthony "Ham" Delasco.
Delasco, un ancien boxeur professionnel, convoqua les adolescents pour une leçon disciplinaire. Accetturo savait que Delasco était un homme important. Les gens du quartier lui accordaient un profond respect.
« Ces machines m'appartiennent » dit Delasco, menaçant, « et je veux que ces conneries cessent ! »
Delasco vit le potentiel en ce jeune voyou de 17 ans qu'était Accetturo, et lui donna un travail, payé 75 dollars per semaine. "Tumac" devait assister Delasco dans son affaire de "numbers" (une sorte de lotterie illégale), et utiliser ses muscles pour collecter les dettes d'usure et les paiements, pour le compte de Delasco.
Delasco forma Accetturo aux règles de la Mafia. Un jour, par exemple, Accetturo trainait dans le quartier avec ses amis, quand Delasco ordonna à Accetturo « Va me chercher une glace. »
Accetturo, embarrassé, savait qu'il serait rabaissé par ses amis s'il se comportait comme un serviteur. Mais il comprit que Delasco testait son obéissance, et parti acheter une glace à son boss.
« Je savait que si je voulait rester avec Ham et apprendre, il devait avoir un contrôle absolu sur moi, » expliqua Accetturo. « Il devait me casser, et j'ai encaissé. »
Accetturo devint un des préférés de Delasco, et d'autres mafiosi qui remplacèrent Delasco après sa mort, à la fin des années 60. La seule erreur d'Accetturo en tant qu'apprenti mafioso, fut lorsqu'il remit à Joe Abate, son capo, un paquet rempli d'argent liquide (le tribut mensuel de la faction de Newark). Abate était une figure très respecté dans la Mafia, ayant été un des flingueurs d'Al Capone dans les années 20, lorsque Capone régnait à Chicago. Abate attendait l'argent assis dans sa voiture, garée. Impatient de gagner la confiance d'Abate, qu'il n'avait pas encore rencontré, Accetturo remarqua combien il était honoré d'être en la présence d'Abate. Froidement, Abate ordonna à "Tumac" de sortir de la voiture, puis s'en alla. Trois heures plus tard, Accetturo fut sévèrement réprimé par un mafieux plus âgé que lui, Lenny Pizzolata, qu'Abate avait précédemment appelé au téléphone.
« Putain, qui t'a dit de commencer une conversation avec Joe Abate ? » cria Pizzolata. « Si tu veux rester en vie, ne mentionne jamais son nom, et parle seulement quand on te parle. »
A part cette seule erreur, durant les années 1950 et 60, Accetturo avança sans problème au sein des Lucchese. Il montra de quoi il était capable à la fin des années 60, quand la population Afro-américaine de Newark augmenta brusquement, et que les criminels noirs commencèrent à prendre de force des affaires de "numbers" aux gangsters blancs.
Supporté par Accetturo et son gang de voyous armés, la faction des Lucchese garda son business de "numbers." La police détermina qu'Accetturo écrasa des tentatives d'intrusions du territoire des Lucchese par un gang de militants des Black Panthers. Bien qu'aucunes accusations d'homicide ne fussent apportées, Accetturo est fortement suspecté par la police d'être responsable de plusieurs meurtres, commit dans le but de maintenir la domination de la Mafia sur ces territoires.
En 1976, Abate sponsorisa Accetturo pour qu'il devienne un soldat des Lucchese. Antonio "Tony Ducks" Corallo, le boss des Lucchese, fit de lui un soldat en juin 1976. Accetturo déclara que devenir un made man, un membre à part entière de la Famille Lucchese, était « le plus grand honneur de sa vie. »
En 1979, Joe Abate, âgé de 77 ans, se mit en semi-retirement de la vie mafieuse. Tony "Ducks" Corallo fit d'Accetturo le nouveau caporegime du crew du New Jersey, promouvant Tumac à la place d'autres soldats plus âgés, qui avaient été les mentors d'Accetturo.
Tumac montra très vite qu'il était talentueux au poste de capo, en étendant l'influence de sa faction dans le jeu, l'usure, le trafic de drogue. Et il se lança également dans le racket de syndicats ; à l'aide de menaces, de brutalité, et le contrôle de syndicalistes corrompus, les membres de la faction du New Jersey siphonnèrent les pensions de fonds des employés syndicalisés, et menacèrent des entreprises de provoquer la grève syndicale, sauf si des pots-de-vin étaient versés aux mafieux.
Le nouveau caporegime étendit ses affaires à la Floride. Accetturo acheta une maison à Hollywood, une ville balnéaire au nord de Miami. Le Sud de la Floride était un territoire dit « ouvert », c'est-à-dire qu'aucune Famille mafieuse disposaient des « droits exclusifs » du territoire. Ainsi, la région de Miami était ouverte à chaque mafioso souhaitant opérer dans cette région.
Le seul parrain incontesté de Floride était Santo Trafficante, boss de la Famille de Tampa des années 50 à 80. Accetturo n'essaya pas de s'opposer à Trafficante ou d'empiéter sur son territoire. Au contraire, Accetturo montra la plus grande déférence envers le parrain de Floride, suivant ses conseils, et conduisant personnellement Trafficante à des meetings lorsque celui-ci était à Miami, où il possédait une seconde maison.
Quand Accetturo arriva dans les années 70, l'Etat de Floride était en plein boom économique et sa population augmentait considérablement, et Accetturo profita de l'opportunité pour démarrer des affaires de trafic de drogue, de jeu, d'usure, et de racket. Il était également actif dans les courses de chevaux truquées.
Tout en gardant ses intérêts dans le New Jersey, "Tumac" passait de plus en plus de temps en Floride, ce qui lui permettait d'éviter les mandats d'arrêt dans le New Jersey.
Une part du butin de "Tumac" fut blanchie à travers des investissements dans l'immobilier, les assurances, et des affaires légales, comme des entreprises de fabrication de bitume, de location de matériel, ou encore des entreprises de ramassage des ordures, dans les états du New Jersey, de la Floride, et de la Caroline du Nord. Il possédait une maison dans chacun de ces états, et prévoyait dans le futur de se retirer en Caroline du Nord, où il se présentait comme étant un homme d'affaires respectable.
Accetturo devint si riche qu'il se vantait d'avoir planqué dans un coffre-fort 7 millions de dollars en billets de 1000 dollars, en pierres précieuses, en or, et pièces rares, au cas où il aurait besoin d'argent rapidement.
Alors qu'il faisait ses affaires et gagnait beaucoup d'argent, Accetturo, et son importance était relativement inconnus, hors de la pègre et de quelque agents du FBI du New Jersey, experts en crime organisé.
Lorsque des problèmes avec la loi se présentaient, "Tumac" pouvait se permettre de payer les meilleurs avocats, qui avaient le talent pour le défendre correctement, et lui permettre de faire seulement quelques mois de prison pour des infractions sérieuses.
Accetturo avait l'argent et les contacts pour verser 100 000 dollars de pot-de-vin à un juré, ce qui permit, en 1988, à Accetturo et 20 autres membres de son crew d'obtenir l'acquittement lors d'un procès pour racket.
Une autre fois, son équipe d'avocats obtinrent un non-lieu sur l'accusation d'avoir intimidé un témoin indispensable dans une affaire d'agression.
En Floride, un procès pour conspiration fut vaincu lorsqu'Accetturo trouva des psychiatres qui déclarèrent que "Tumac" était inapte à être poursuivi en justice. Le diagnostic indiquait qu'Accetturo souffrait de « démence présénile », d'un début d'Alzheimer, ce qui bien entendu était complètement faux.
« J'ai glissé et me suis cogné la tête quand j'étais sous la douche, et l'Alzheimer est partie, » dit tout souriant à ses amis, une fois le procès terminé.
Accetturo était alors considéré comme un fervent croyant du code de l'honneur mafieux. Loyal au boss Antonio "Tony Ducks" Corallo, digne de confiance, il avait grimpé les échelons des Lucchese, et était devenu très riche.
"Ducks" Corallo avait été un parrain indulgent, permettant à Accetturo de faire ses affaires comme il l'entendait, et sans demander un tribut trop élevé. Lorsque ses soldats lui demandaient l'état des rapports avec Corallo, Accetturo répondait « Incroyablement bons. »
Sous le régime de Corallo, Accetturo avait pu devenir très riche, gagnant près de 500 000 dollars net par an avec les activités traditionnelles de son crew (jeu, usure, trafic de narcotiques, et extorsions) et avec ses affaires légales.
Dans les années 80, Accetturo déclarait à l'IRS (le fisc américain) un revenu annuel d'à peu prêt 100 000 dollars, ce qui était suffisant pour justifier son train de vie luxueux.
Une des raisons pour laquelle Accetturo admirait tant Corallo était parce que le boss New-yorkais ne demandait pas énormément d'argent à ses subordonnés. Quand "Ducks" prit la tête de la Famille Lucchese en 1974, la faction du New Jersey envoyeait des centaines de milliers de dollars au boss. Dans les années 80, le tribut qu'envoyait Accetturo à Corallo allait de 10 000 à 50 000 dollars. Riche comme Crésus, et commençant à se faire vieux, Corallo devint moins gourmant et demandait moins d'argent au crew du New Jersey.
La condamnation de Corallo en novembre 1986 à cent ans de prison, et l'ascension de Vittorio "Vic the Terminator" Amuso et Anthony "Gaspipe" Casso à la fin des années changea la période idyllique d'Accetturo.
Les nouveaux boss, Casso et Amuso, considéraient qu'un tribut s'élevant à 50 000 dollars par an était une insulte, et ils demandèrent à Accetturo de leur verser 50 % des revenus de son crew.
A la même période, le gouvernement commença à s'intéresser de près aux affaires d'Accetturo. Début 1987, Accetturo fut accusé dans un procès RICO, où il risquait la prison à vie. Après des décennies à avoir évité les procès, il était cité comme étant le chef d'une organisation criminelle, le crew du New Jersey des Lucchese.
Le procès, ayant lieu à Newark, New Jersey, accusait les mafiosi de trafic de cocaïne, de fraude bancaire, jeu illégal et usure. Les procureurs fédéraux se basaient sur les révélations d'informateurs et de conversations enregistrées, mais n'avaient jamais réussi à avoir Accetturo sur bandes audio. Lui et 19 soldats et associés étaient accusés dans ce procès qui durera 21 mois, le plus long des procès contre la Mafia. Malgré la longueur du procès, le jury, en août 1988 n'eu besoin que de 14 heures pour décider du sort des mafiosi : tous les accusés furent jugés non-coupables.
Le procès avait en fait été arrangé ; par une incroyable chance, un des jurés était le neveu d'un des membres du crew d'Accetturo, (l'oncle du juré n'était pas cité dans ce procès). Pour 100 000 dollars, le neveu accepta de le déclarer non-coupable, et persuada les autres jurés d'en faire de même.
Maintenant, Accetturo devait confronter Vic Amuso et Gaspipe Casso. Tumac refusa de verser aux parrains la moitié des revenus de son crew ; et il refusa également de les rencontrer à New York. En faisant de tel, il savait qu'il brisait une loi fondamentale de la Mafia, mais était déterminé à ne pas céder.
Vic Amuso et Gaspipe avaient une solution simple pour lutter contre le refus d'Accetturo ; ils le firent passer pour une balance, un informateur. Puis ils le rétrogradèrent de son poste de capo, et émirent un contrat de meurtre sur Tumac et son fils, Anthony Jr., membre du crew de son père. Casso justifia également le fait de tuer Accetturo parce que celui-ci avait soi-disant fait passer des ordres à travers sa femme Geraldine, violant une des lois de la Cosa Nostra qui interdisait aux femmes de participer aux activités mafieuses.
En 1988, juste après l'acquittement d'Accetturo et de 19 de ses hommes, tous les membres du crew du New Jersey furent convoqués par Casso et Amuso pour organisé leur restructuration. 10 membres (à peu prêt la moitié des made men du crew) se sont rendus devant une maison de Canarsie, Brooklyn, où le meeting devait avoir lieu au sous-sol. Mais, une fois là-bas, ils admirent leur peur d'être piégés et tous tués une fois dans la maison, et s'en allèrent tous.
Fin 1988, tous les membres du crew du New Jersey boycottèrent une fête de Noël organisée par Casso et Amuso, et refusèrent de rencontrer les deux boss à Manhattan, début 1989.
Casso explosa de rage, et ordonna à un subordonné, "Little Al" D'Arco, de « tous les buter ! »
Mais la plupart des membres du crew d'Accetturo, de peur d'être tués, finirent par le déserter pour Casso et Amuso. Al D'Arco et Peter "Fat Pete" Chiodo, d'arranger l'exécution d'Accetturo, son fils, et sept autres membres de son crew qui restèrent fidèle à "Tumac".
Lors d'un meeting à son restaurant, La Donna Rosa à Little Italy, Al D'Arco expliqua aux anciens soldats de Tumac qu' « Accetturo est un hors-la-loi, et vous devez faire de votre mieux pour tuer lui et son fils, et quiconque est de son côté. »
Deux anciens soldats d'Accetturo donnèrent à D'Arco des photographies d'Accetturo, de sa femme, de son fils Anthony Jr. et d'autres soldats et associés qui lui restèrent fidèles. La plupart des photos avaient été prises durant des dîners dans la maison du New Jersey d'Accetturo.
D'Arco fit circuler les photos à quatorze soldats et associés de la Famille, qui cherchèrent Tumac et son fils, dans le New Jersey et en Floride, sur une période allant de fin 1988 à 1990.
Etant donné l'urgence des meurtres, Casso distribua de larges sommes à ses soldats pour la recherche et les meurtres d'Accetturo et ses fidèles. Tommy Ricciardi, qui était du côté de "Tumac", fut localisé, il se cachait dans une ferme près de Toms River, dans le Sud du New Jersey.
Par une incroyable coïncidence, la cachette de Ricciardi se trouvait près de la ferme d'un homme de Brooklyn, ami d'un soldat des Lucchese. Des tueurs furent envoyés à la ferme pour traquer Ricciardi, mais celui-ci sortait très peu. Un des tueurs proposa de mettre plusieurs chevaux autour de leur ferme, dans l'espoir que Ricciardi sorte pour voir de plus près les animaux.
Près de 70 000 dollars furent dépensés pour les chevaux, mais Ricciardi, suspicieux, ne tomba pas dans le piège. Personne ne pouvait l'avoir, il était trop méfiant.
Fat Pete Chiodo prit une équipe de tueurs avec lui, en Floride, pour traquer Accetturo et son fils, mais Tony Accetturo Jr. aperçu Chiodo et appela la police anonymement pour les alerter qu'un mafieux de New York était dans la région.
La police de Floride l'arrêtèrent et lui posèrent des questions sur ses activités en Floride. Cet événement énerva Casso au plus haut point.
Peter Chiodo essaya de se rattraper, en essayant d'enlever Joseph LaMorte, un soldat d'Accetturo, et le torturer pour que LaMorte révèle où se cachait Accetturo. Mais LaMorte était trop évasif pour pouvoir être enlevé, et Chiodo et son équipe essayèrent de le tuer, lui tirant sur le cou et l'épaule alors qu'il était assis dans sa voiture, devant sa maison en Floride.
Chiodo assura ensuite à Casso que LaMorte était mort, mais, malgré de graves blessures, il survécu.
« Petey m'a couté 20 000 dollars par projectile » se plaignit Casso à D'Arco, ajoutant qu'il avait donné 40 000 dollars pour les dépenses en Floride de l'équipe de tueurs de Chiodo.
Mais le voyage en Floride était un fiasco dès le départ pour le groupe d'assassins de Casso. Alors que Chiodo et ses hommes parcouraient la Floride en 1988 et en 1989, Accetturo était dans une prison du New Jersey. Peu de temps après son acquittement, Tumac fut incarcéré pour plus d'un an, pour avoir refusé de témoigner devant une commission de l'Etat du New Jersey, enquêtant sur le crime organisé. Inexplicablement, ceci échappa à l'attention de l'équipe de tueurs.
A part LaMorte, les autres fidèles à Accetturo échappèrent à l'escouade de la mort envoyée par Casso. L'expérience de Tumac dans la pègre lui avait apprit à repérer des assassins, cependant, il ne pouvait plus fuir la répression grandissante des autorités.
A la suite de l'acquittement du crew du New Jersey en 1988, les enquêteurs se concentrèrent sur le passé d'Accetturo, et en travaillant sans cesse pendant 4 ans, eurent des résultats. Les procureurs du New Jersey trouvèrent les preuves que la faction du New Jersey des Lucchese extorquait un fabriquant de vidéo-pokers, et autres jeux électroniques. Lors d'un procès en 1993, Accetturo fut acquitté d'une accusation de conspiration de meurtre, mais il fut jugé coupable comme étant le chef d'un gang criminel, et d'avoir partagé l'argent de l'extorsion.
Un des fidèles à Accetturo, Tommy Ricciardi, fut jugé coupable de meurtre lorsqu'il tabassa à coup de club de golf James "Jimmy Sinatra" Craporatta, qui refusait de payer les Lucchese. La plupart des crimes du procès eurent lieu avant qu'Amuso et Casso mettent les mains sur son crew. De des ex-soldats de Tumac, qui rejoignirent Casso et Amuso, étaient accusés en même temps qu'Accetturo, dans ce même procès.
Obèse (113 kg), souffrant d'une tension élevée, Accetturo, qui autrefois était robuste, était à présent en mauvaise santé. A l'âge de 53 ans, il anticipait une peine de 30 ans de prison, sans liberté conditionnelle ; il mourrait en prison.
Réfléchissant, Accetturo tenait pour responsable de sa chute le désarroi au sein des Lucchese, créé par Casso et Amuso, et également les témoignages des balances. Al D'Arco devint informateur par peur de Gaspipe Casso, et témoigna efficacement contre Accetturo. Maussade dans sa cellule, Accetturo ne vit qu'un seul moyen d'échapper au destin de mourir en prison. Aussi douloureux qu'il serait pour lui de renoncer à sa dévotion à la Mafia, il était prêt à témoigner contre d'autres "Hommes d'Honneur" et à révéler les secrets de la Cosa Nostra, qu'il avait un jour juré de garder secret.
Un des points qui l'a poussé à balancer fut la révélation d'un de ses anciens hommes avait fournit des photos de lui et de sa femme à l'équipe de tueurs.
« Moi et mon fils, nous avons accepté cette vie et ce qui pouvait nous arriver, » il déclara, rageur, dans une interview. « Je peux accepter le fait qu'il allaient me tuer. Mais ma femme ? Elle avait l'habitude de les traiter comme de la famille et faisait le diner pour eux, chez moi. Pour moi, ça a été la fin. »
Accetturo contacta celui qui avait été son ennemi pendant ses années dans la Mafia ; Robert Buccino, un officiel de la police d'Etat du New Jersey. Pendant leurs enfances à Orange, New Jersey, Accetturo et Buccino étaient amis ; puis ils prirent une route opposée.
Désespéré afin d'obtenir une peine de prison plus clémente, Accetturo révéla à son ami d'enfance une multitude de crimes. Le témoignage d'Accetturo en tant que mafioso fut l'un des portraits les plus précis que les enquêteurs obtinrent à propos de la Famille Lucchese dans le New Jersey, ainsi que la pénétration mafieuse et l'exploitation des affaires légales, ou encore les liens de la Famille avec les politiciens corrompus.
Il révéla également le pot-de-vin qu'il avait versé au juré lors du procès de 1988. Il fournit aux enquêteurs énormément de preuves des crimes violents qu'il avait effectués pendant ses années passées en tant que membre de la Famille Lucchese.
Ses informations permirent la saisie de 40 armes à feux, dont une mitraillette, et le démantèlement d'un réseau de jeux clandestins qui rapportait chaque année environ 40 millions de dollars à la Mafia. Il aida à éclaircir 13 meurtres, bien qu'il insista n'avoir jamais personnellement participé à un meurtre. Cette déclaration laissa les enquêteurs septiques. Accetturo justifiait son comportement en comparant son rôle au sein des Lucchese comme celui de n'importe quel homme d'affaires : s'enrichir au maximum, en étant violent lorsque nécessaire.
Malgré le désaccord de Buccino et des autres enquêteurs avec cette définition du rôle d'Accetturo, ils le laissèrent dire ce qu'il pensait. Les informateurs sont indispensables dans la lutte contre le crime organisé, et Accetturo aidait à arrêter et mettre en prison des mafiosi.
En renonçant à la Mafia, Tumac influença Tommy Ricciardi et deux autres soldats des Lucchese à devenir à leur tour informateurs.
Accetturo donna également des renseignements historiques sur les origines de la Mafia dans le New Jersey : à la création de la Mafia Italo-américaine en 1931, Lucky Luciano permit la formation d'une seule famille indépendante dans le New Jersey ; un petit clan basé à Elizabeth, New Jersey, connu encore aujourd'hui comme la Famille DeCavalcante.
Les caïds de Newark joignirent une des cinq familles de New York, créant ainsi les factions du New Jersey des différentes Familles New-yorkaises.
Accetturo clarifia également les relations entre la Cosa Nostra Américaine et la Mafia Sicilienne. Il expliqua qu'il était interdit de faire partie des deux organisations, et que les mafieux devaient être fidèles à un seul groupe. Toutes les Familles New-yorkaises avaient des liens avec la Mafia Sicilienne, particulièrement en ce qui concerne le trafic de drogue. Et, bien que beaucoup de mafieux Américains n'aimaient pas les Zips (les mafiosi Siciliens) à cause de leur attitude condescendante et méprisante, les Américains admettaient que les Siciliens étaient plus dévoués à leur clan et plus agressif, sans pitié, que leurs homologues d'Amérique.
Accetturo ajouta que les Siciliens avaient le droit de se sentir supérieurs. Selon lui, les mafiosi de Sicile étaient bien plus disciplinés, plus unis, et plus discrets que les gangsters Américains.
Ducks Corallo maintenait d'étroites relations avec les Siciliens, et Accetturo avait souvent coopérer avec des mafiosi Italiens envoyés en mission en Amérique. Tumac leur trouva des logements, et les aida à retrouver les personnes qu'ils cherchaient.
Pour illustrer le protocole impitoyable des Siciliens, il parla de deux Zips qui arrivèrent dans le New Jersey pour tuer quelqu'un. Apprenant que leur victime était en train de mourir du cancer, les Zips ne se laissèrent pas démonter. Selon les règles de la Mafia Sicilienne, leur cible ne pouvait mourir de mort naturel sans avoir payé pour les erreurs commises. Même sur son lit de mort, la victime devait être assassinée.
Suite à ses déclarations, en 1994, le juge Manuel H. Greenberg imposa à Accetturo une peine d'un maximum de 20 ans et une amende de 400 000 dollars. Pour protéger Accetturo, il fut transféré d'une prison du New Jersey à une prison de Caroline du Nord.
En décembre 2002, Accetturo fut libéré après 9 ans et 2 mois en prison. A 63 ans, Accetturo se relocalisa dans le Sud de l'Amérique, loin de son ancien empire criminel du New Jersey.