La Cosa Nostra sicilienne

La Cosa Nostra sicilienne
La première référence connue de l'existence de la Mafia sicilienne remonte à 1837 dans un rapport du procureur général de Trapani, Pietro Calà Ulloa. Le procureur décrit la Mafia telle que nous la connaissons aujourd'hui. Cependant, Pietro Ulloa n'utilise pas le mot « Mafia » ; il parle de fratellanza. Puis le mot « Mafia » apparaît en 1863, dans une comédie populaire à grand succès, intitulée I Mafiosi della Vicaria (la Vicaria est une prison de Palerme). Une autre trace écrite officielle surgit en 1865, quand un officier de police sicilien enregistre l'arrestation d'un suspect pour complicité d'un « crime de mafia » (un delitto di mafia). La Cosa Nostra sicilienne est la mafia la plus connue, elle est considérée comme étant une superpuissance criminelle implantée dans de nombreux pays.
On compte, en 2004, à peu près 190 "familles" mafieuses en Sicile (approximativement 5 200 membres), dont 89 dans la province de Palerme. Chacune d'entre elles est indissociablement liée à une borgata (bourgade), à un territoire. Là se trouve son terreau, sous forme d'un dense réseau de relations et d'amis. C'est dans sa borgata que la famille mafieuse recrute. Concrètement : l'agglomération de Palerme (ville, banlieues et bourgs satellites), compte 3 200 hommes d'honneur. Si la moyenne de leurs relations personnelles est d'environ 50 personnes, l'assise mafieuse locale est de 160 000 individus. Les Familles se concentrent essentiellement dans la partie occidentale de l'île. Hier comme aujourd'hui, qui commande Palerme commande l'île. Et aussi au-delà. Il arrive en effet que des membres d'une Famille quittent la Sicile. Le droit de constituer sur place, à l'étranger, une nouvelle équipe (decina : dizaine) et plus rarement une nouvelle Famille peut leur être reconnu. Cependant, même après plusieurs générations, cette Famille où cette équipe reste subordonnée hiérarchiquement à sa Famille d'origine. Ainsi, les initiés présents aujourd'hui encore dans la partie néerlandaise de l'île Saint-Martin (Antilles) dépendent toujours de la Famille Benedeto Santapaola de Catane (Sicile). Une Commission interprovinciale (souvent appelée cupola par la police) regroupe les représentants (capomandamenti) des Familles de toute l'île et sert de sorte d'exécutif régulant les conflits. Il existe également une Commission spécifique pour les seules Familles de Palerme depuis 1957.

Pour entrer dans la Cosa Nostra il faut absolument être sicilien de père et de mère, de sexe masculin et catholique. Ensuite, les interdits formels. Ne sont admis ni :

- les fils de policiers et de magistrats,
- les fils illégitimes, ou de parents divorcés, ou même séparés,
- les fils, ou frères, de femmes "légères",
- les communistes ou fils de militants communistes,
- les homosexuels,
- les fils d'hommes d'honneur tués par la mafia (le voeu de vérité entre hommes d'honneur leur révélerait le nom de l'assassin de leur père, et déclencherait des vendettas sans fin).

Au moment de son initiation, le nouveau se voit édicter le code d'honneur suivant :

- Ne pas courtiser les femmes d'autres hommes d'honneur,
- Ne pas voler, ne pas se livrer au proxénétisme,
- Ne pas tuer d'autres hommes d'honneur, sauf ordre exprès et motivé,
- Ne jamais évoquer Cosa Nostra devant des "civils",
- Ne jamais se présenter soi-même comme homme d'honneur, même à d'autres hommes d'honneur,
- Respecter l'omertà (la loi du silence).

Cosa Nostra tire l'essentiel de ses revenus du racket d'entreprises diverses et de la "protection" (le pizzo) des commerces accueillant du public (bars, casinos, dancings, etc...), des marchés public truqués, du trafic d'armes (parfois même des armes nucléaires, ou encore des armes bactériologiques) et de drogues (en particulier de l'héroïne), de la fraudes aux subventions agricoles européennes (huiles, viandes et agrumes). Il sont aussi impliqués dans d'autres activités tels que l'organisation et le contrôle de commerces rentables, illégaux ou légaux, dans le commerce hors taxe (alcool, tabac, contrefaçon, piraterie cinématographique et piraterie musicale, trafic de voitures volées, absorption de procédures publiques), dans la corruption (adjudications truquées, monopoles de certains services publics - parfois en liaison avec des syndicats ouvriers), le trafic des déchets ( la Cosa Nostra est soupçonnée de se prêter clandestinement à l'enfouissement maritime ou terrestre de déchets toxiques moyennant rémunération ; l'association environnementale italienne indépendante Legambiente estime que cela aurait rapporté aux 4 mafias Italiennes 13 milliards d'Euros en 1999...), dans la criminalité en col blanc (corruption, fausses factures, manipulation d'argent électronique, fausse monnaie, blanchiment d'argent, paradis fiscaux crimes et délits financiers), dans le trafic d'animaux protégés, dans le trafic de médicaments, dans le contrôle du jeu ( paris parallèles sur le football, etc.), dans le trafic d'oeuvres d'art volées. Son chiffre d'affaire annuel est estimé à plusieurs centaines de milliards d'euros. Un exemple flagrant de détournements de fonds, l'obtention de subventions et de prêts pour la construction d'hôpitaux et de cliniques fantômes, qui est une grande spécialité sicilienne. Sur les 134 hôpitaux fantômes identifiés en 2000 par une commission parlementaire italienne (10), pas moins de 50 établissements de ce type étaient fictivement domiciliés en Sicile. Le montant global des détournements de fonds relatifs à ces hôpitaux s'élèverait pour la Sicile à environ 2 milliards d'Euros. Un enquête en 1999 mettra en évidence l'implication d'une dizaine d'excellences (personaggi eccellenti), les soutiens de la Mafia dans la classe politique et la société civile. En dehors de la Sicile, elle est présente dans le nord de l'Italie, en Europe (Allemagne*, France, Grande-Bretagne, Belgique, Espagne), en Russie, aux Etats unis, en Afrique (Afrique du sud, Angola, etc.), en Amérique latine (Argentine, Bolivie, Brésil, Venezuela, Uruguay, Panama, Costa Rica, etc.), dans les Caraïbes et les Antilles néerlandaises (Saint-Martin).
On pense que depuis l'arrestation du capo di tutti capi Bernardo Provenzano, le mardi 11 avril à Corleone, au terme d'une cavale de 42 ans,, deux mafiosi peuvent être chefs de la Cosa Nostra. Le premier, Matteo Messina Denaro, 46 ans, chef de la province de Trapani, à l'extrême nord-ouest de la Sicile, demeure un « outsider » car il n'est pas originaire de la capitale Palerme et semble trop jeune pour prendre les commandes. Matteo Messina Denaro appartient à une autre génération de mafieux. L'une de ses rares photos montre un jeune homme en col ouvert avec une veste Armani, le regard caché derrière les verres de ses Ray-Ban. Né à CastelVetrano, près de Trapani, à l'ouest de la Sicile, Matteo Messina Denaro est le fils du parrain local, Don Ciccio. Sa jeunesse dorée se déroule dans le luxe et la violence. Il y a d'un côté les Porsche, les filles et les lourdes montres en or. Et de l'autre, une cinquantaine d'assassinats, le premier commis alors qu'il est à peine âgé de 18 ans. Matteo Messina Denaro fait trés tôt fortune dans le trafic de drogue, et noue des contacts avec les narcotrafiquants colombiens.
Le second, Salvatore Lo Piccolo, 63 ans, a davantage de qualités pour succéder à Provenzano car il est le plus puissant à Palerme et partage la ligne actuelle de l'organisation. Il est plus discret que Matteo Messina Denaro, entretien des bonnes relations avec les Familles italo-américaines et avec Provenzano.


Organisation traditionnelle de la Cosa Nostra sicilienne-

Capo interprovinciale ou capi dei capi
Commissione interprovinciale
Capo commisione-commisione
(des provinces d'Agrigente, Caltanissetta, Catane, Trapani et Palerme)
Capo mandamento-mandamento (3 familles)
Capo famiglia-famiglia
Vice capo, Consigliere, Reggente
Capodecina
Soldati





*En Allemagne, la présence de Cosa Nostra semble profonde. Ainsi, dans les seules régions de Basse-Saxe et de Rhénanie-Westphalie, 142 pizzerias et hôtels ont brûlé pour la seule année 1991. Le BKA (police criminelle fédérale) attribua ces attentats à Cosa Nostra.

# Posté le vendredi 28 avril 2006 16:32

Modifié le mercredi 07 novembre 2007 06:19

Totò Riina

Totò Riina
Salvatore Riina (né le 16 novembre 1930), également connu sous le nom de Totò Riina est un des membres les plus influents de la Mafia sicilienne. Il a été surnommé la Bête, ou parfois le Petit à cause de sa petite taille, bien que personne n'ait jamais osé l'appeler par l'un de ses surnoms devant lui. Pendant toute sa carrière dans le crime il a personnellement tué autour de quarante personnes et est censé avoir commandité les meurtres d'un peu plus de mille. Pendant les années 1980 et le début des années 1990, Riina et sa famille, les Corleonesi, ont fait une campagne impitoyable de violence contre les truands rivaux et l'état qui ont abouti à l'assassinat de deux juges. Cette terreur répandue dans la population par la Mafia a mené à des actions majeures des autorités, entraînant la capture et l'emprisonnement de Riina et de plusieurs de ses associés.
Né en 1930, Riina monte dans la hiérarchie des voyous de Corleone et joint la Mafia locale, les Corleonesi, à l'âge de dix-huit ans après avoir commis un meurtre en leur nom. L'année suivante il est arrêté après le meurtre d'un homme pendant une dispute. Il sera ensuite condamné à six de prison pour homicide involontaire.
Le parrain des Corleonesi était alors Michele Navarra jusqu'en 1958 lorsqu'il il fut tué sur les ordres de Luciano Liggio, un mafioso de 33 ans devenu par la suite le nouveau boss. En même temps que Totò Riina et Bernardo Provenzano, Liggio commença à augmenter la puissance des Corleonesi.
Les Corleonesi n'étaient pas une famille importante de la Cosa Nostra sicilienne dans les années 50, non comparable aux principales basées dans la capitale, Palerme. Dans une sous-estimation des truands de Corleone, les patrons de Palerme se sont souvent référés au Corleonesi comme "u viddanu" (les péquenots).
Au début des années 60, Liggio, Riina et Provenzano, qui avaient passé les dernières années en chassant et tuant des douzaines d'hommes de Navarra, furent forcés de se cacher, de nombreux mandats d'arrêt ayant été lancés. Riina et Liggio furent arrêtés et jugés en 1969 pour des meurtres commis plus tôt cette décennie. Ils furent acquittés grâce à l'intimidation des jurés et des témoins. Riina se cacha plus tard cette année après avoir été accusé d'un autre meurtre. Il devait rester un fugitif pour les vingt-trois années suivantes.
En 1974 Luciano Liggio est arrêté et emprisonné pour le meurtre de Michele Navarra seize années plus tôt. Bien que Liggio ait maintenu une certaine influence de derrière les barreaux, Riina était maintenant la tête pensante des Corleonesi.
Pendant les années 70 la Sicile devint un lieu important dans le commerce international d'héroïne, particulièrement dans le raffinage et l'exportation de narcotiques. Les bénéfices de l'héroïne étaient importants, et dépassèrent ceux des activités traditionnelles d'extorsion de fonds. Totò Riina voulut prendre les commandes du commerce et dut ainsi entrer dans une guerre avec les autres familles de la Mafia.
A la fin des années 70, Riina organisa les meurtres d'un certain nombre de hauts fonctionnaires, tels que des juges, procureurs ou carabiniers. En plus d'intimider l'état, ces assassinats servirent également à porter un coup aux rivaux des Corleonesi. Les parrains de beaucoup de familles de Mafia étaient souvent médiatisés, débattant avec des politiciens et des maires, se protégeant par des relations plutôt que par la violence. En revanche, Riina, Provenzano et n'importe quel Corleonesi étaient des fugitifs, se cachant toujours, rarement vu par d'autres truands et encore moins par le public. En conséquence, lorsqu'un policier ou un juge était tué c'était les familles les plus médiatisées de la Mafia qui étaient le sujet de toutes les investigations officielles, les assassinats étant de plus volontairement commis dans leurs territoires.
Les principaux rivaux des Corleonesi étaient Stefano Bontade, Salvatore Inzerillo et Gaetano Badalamenti, patrons de familles puissantes de la Mafia de Palerme. Le 23 avril 1981, Bontade sauvagement assassiné, puis quelques semaines plus tard, le 11 mai, Inzerillo fut supprimé par une criblée de balles. Plusieurs parents et associés des deux hommes furent ensuite tués ou disparurent mystérieusement, y compris le fils de 15 ans d'Inzerillo, éliminé en voulant venger son père assassiné. Badalamenti ne parvint à survivre qu'en s'enfuyant de la Sicile.
De plus en plus massacres eurent lieu au cours des deux années suivantes, illustré par un énorme carnage : en un seul jour, le 30 novembre 1982, douze Mafiosi furent assassinés à Palerme dans douze incidents distincts. Les meurtres traversèrent même l'Océan Atlantique, avec le frère d'Inzerillo trouvé mort dans le New Jersey après une fuite aux USA.
Riina commandita les meurtres de juges, de policiers et de procureurs afin de tenter de terrifier les autorités. Un des magistrats les plus hauts placés était le Général Carlo Alberto Dalla Chiesa, qui fut muté à Palerme en qualité de préfet pour lutter contre l'action de la Mafia. Le 3 septembre 1982, Dalla Chiesa, son épouse et un de ses gardes du corps furent assassinés dans un guet-apens. On pense que le tueur était Pino Greco, l'un des tueurs favoris de Riina. Toujours muni d'un Ak-47, et portant le surnom inexplicable de "la chaussure", Pino Greco est suspecté d'avoir tué autour quatre-vingts personnes au nom de Riina, y compris Bontade et Inzerillo.
En 1981 et 1982, autour de mille Mafiosi furent tués pendant que Riina décimait ses adversaires. Ces derniers tentèrent de battre en retraite : au moins deux cents d'entre eux disparurent sans laisser de traces.
Une des histoires les plus terrifiantes de cette période était la prétendue "salle de la mort", un appartement squatté à Palerme tenu par un des hommes de Riina, Filippo Marchese. Des hommes étaient apportés là pour être torturés afin de soutirer des informations, puis tués et dissous dans de l'acide ou démembrés et jetés à la mer. Un informateur ayant travaillé aux côtés de Marchese raconta que Marchese insistait pour étrangler les victimes lui-même, bien que ses hommes de main pouvaient s'en charger.
Riina recourait souvent à la trahison dans sa guerre, se liant avec des rivaux, puis les tuant lorsqu'ils n'étaient plus d'aucune utilité. Il élimina même ses deux tueurs les plus impitoyables et les plus fidèles, Pino Greco et Filippo Marchese. En 1982, après avoir décidé que Marchese n'était plus utile, Riina le fit assassiner par Pino Greco, puis trois années plus tard l'élimina à son tour, l'ayant jugé un peu trop ambitieux.
Tandis que les Corleonesi devenaient le clan le plus puissant en Sicile, leur tactique se modifia quand, en 1982, un tueur condamné nommé Tommaso Buscetta devint le premier Mafioso sicilien à devenir un informateur et à coopérer avec les autorités. Buscetta faisait partie d'une famille en difficulté dans la guerre de Mafia, et avait perdu plusieurs parents et beaucoup d'amis, éliminés par les tueurs de Riina. Devenir un informateur était la seule façon de sauver sa peau et de tenir sa revanche sur Riina. Buscetta fournit beaucoup d'informations au juge Giovanni Falcone, et témoigna au procès de Maxi au milieu des années 80 qui a vu des centaines de Mafiosi emprisonnées. Riina fut une nouvelle fois condamné pour meurtre mais n'était pas présent au procès : il était toujours un fugitif.
Giovanni Falcone et son collègue Paolo Borsellino accomplissaient de bons progrès dans leur guerre contre la Mafia, les plaçant donc dans le cercle des menacés de mort.
Le 23 mai 1992, Falcone, son épouse et trois gardes du corps étaient massacrés dans l'explosion d'une bombe placée sous la route, dans les environs de Palerme. Quelques semaines plus tard, Borsellino et cinq de ses gardes du corps étaient tués dans l'explosion d'une voiture piégée. Les deux attaques furent commanditées par Riina et exécutées par quelques-uns de ses tueurs. Le public fut choqué, ainsi que la Mafia et les politiciens, qui ont jugé que la protection sur Falcone était insuffisante. Le gouvernement italien décida donc d'enclencher une lutte massive contre la Mafia et sa violence.
Le 15 Janvier 1993, en agissant sur des informations d'un indicateur, la police armée des carabiniers arrêtent Totò Riina à Palerme dans sa voiture en compagnie de son chauffeur (son chauffeur, Balduccio di Maggio, était l'informateur en question; plusieurs de ses parents ont été tués par la suite pour sa trahison). Riina a prétendu de n'être juste qu'un pauvre comptable harcelé, et, dans son costume de seconde qualité, l'homme de 62 ans beau parleur avait l'air de n'être que cela. Questionné sur la société dans laquelle il travaillait, il répond qu'il n'en parlerait pas pour ne pas salir la réputation de l'entreprise. Placé en détention, Riina reste poli et respectueux envers les officiers de police, et les remerciera plus tard de l'avoir bien traité, bien qu'il soit parvenu à les "prendre pour des imbéciles" en disant non seulement qu'il n'avait jamais entendu parler de la Mafia mais également en insistant sur le fait qu'il n'avait "aucune idée" qu'il avait été le fugitif le plus recherché de Sicile des trente dernières années. D'autres comptes néanmoins indiquent que Riina n'a cessé de crier "communistes !" aux policiers qui l'arrêtaient.
La satisfaction du public lors de l'arrestation de Riina (un journal affichait le titre sensationnel de "Le Diable" figurant sous la photo de Riina) fut tempéré lorsqu'il a été révélé que, pendant ses trente années de fugitif, Riina avait réellement habité dans sa maison de Palerme durant toute la période. Il avait obtenu une attention médicale en raison de son diabète et avait enregistré chacun de ses quatre enfants sous leurs vrais noms à l'hôpital local. Il s'était même rendu à Venise en lune de miel sans être inquiété. Beaucoup d'observateurs déclarèrent que les autorités n'avaient arrêté Riina qu'en raison de la pression médiatique après les meurtres de Falcone/Borsellino, et interprétèrent la facilité avec laquelle Riina avait berné la justice comme un exemple de l'apathie des autorités siciliennes dans la lutte contre Mafia.
Bien qu'il ait déjà réussi à obtenir par la passé un non-lieu dans deux affaires de meurtre, Riina a cette fois été jugé et condamnés pour un peu plus de cent meurtres, y compris ceux de Falcone et de Borsellino. En 1998, Riina fut à nouveau accusé de meurtre, celui d'un politicien qui avait été suspecté de traiter avec la Mafia et qui fut assassiné en 1992 après ne pas avoir empêché l'emprisonnement de mafiosi dans les procès du milieu des années 80.
Riina est actuellement détenu dans une prison de sécurité maximum avec des contacts limités avec le monde extérieur, comme certains de ses prédécesseurs l'avaient fait. Plus de $125.000.000 de capitaux appartenant à Riina ont été confisqués - probablement juste une fraction de son immense fortune illicite - ainsi que son vaste manoir en 1997. Dans un mouvement symbolique, ce manoir a été transformé en école pour enfants.
En 2003, Riina a subi deux crises cardiaques en mai et décembre.
Un des amis proches de Riina du clan des Corleonesi, Bernardo Provenzano, est censé lui avoir succédé à la tête de l'organisation.
Totò Riina s'est marié en 1974 avec Ninetta, et eu quatre enfants de ce mariage. Ses deux fils, Giovanni et Giuseppe, ont suivi ses traces et sont déjà derrière les barreaux. En novembre 2001, à 24 ans, Giovanni Riina a été condamné pour quatre meurtres commis en 1995. Le 31 décembre 2004, le plus jeune fils de Riina, Giuseppe, a été condamné à quatorze années de prison pour différents crimes, y compris l'association de malfaiteurs, l'extorsion de fonds et le blanchiment d'argent. Cependant, une de ses filles, a été élu représentante de classe dans son lycée.
Par son attitude réservée et évasive, Riina demeure énigmatique quant à sa personnalité. Un informateur, Antonino Calderone, décrit Riina comme étant "incroyablement ignorant, mais possédant une intuition et une intelligence difficile à sonder... très dur à prévoir". Il déclara que Riina était un beau parleur et un père et un mari consacrés. Un des anecdotes les plus étranges était celle de Riina récitant en larmes un panégyrique à l'enterrement d'un frère assassiné de Calderone, même si c'était Riina lui-même qui avait commandité le massacre. Calderone a également indiqué que lorsque Riina voulut épouser Ninetta, la famille de cette dernière s'était montrée fermement opposée. Calderone cita Riina en disant "je ne veux aucune autre femme que ma Ninetta, et si elle [sa famille] ne me laisse pas l'épouser, je serait obligé d'en tuer certains." La famille de Ninetta ne montra immédiatement plus aucune opposition aux plans matrimoniaux de Riina.
Giovanni Brusca, un tueur de Riina, et l'homme qui a personnellement fait exploser la bombe qui a tué Falcone, devint ensuite un informateur après son arrestation de 1996. Brusca déclara que, en 1991 et début 1992, Totò Riina a projeté l'exécution d'actes de terrorisme contre l'état pour obtenir l'arrêt de l'intensification de la lutte contre le Mafia, y compris des actes tels que l'explosion la tour penchée de Pise. Brusca a également cité Riina en déclarant que les enfants des informateurs étaient des cibles légitimes. Déclarations confirmées un peu plus tard, lorsque Brusca tortura puis tua le fils de 11 ans d'un informateur.
Bien que les actions criminelles de Riina aient eues pour but l'acquisition de la richesse et de la puissance, sa cruauté, ses trahisons et l'énorme nombre de meurtres brutaux qu'il a commis furent excessif même par rapport aux "normes" d'autres bandits. Ceci permet de penser qu'il ait été un psychopathe, ou au moins qu'il a largement valu son surnom, La belva (La Bête).
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# Posté le vendredi 28 avril 2006 16:36

Modifié le mercredi 07 novembre 2007 06:19

"Pump and dump"

"Pump and dump"
L'initiateur de la grande vague du pump and dump des années 90 fut Alphonse "Allie Boy" Persico, à l'époque sous-chef de la famille Colombo. Son grand-père était un soldat de la famille Genovese et son père, Carmine Persico, est l'ancien chef de la famille Colombo. Son oncle, Teddy Persico, était un capo des Colombo.
Avec son cousin Daniel Persico (fils de Teddy), et Anthony Stropoli (soldat de la famille Colombo), Alphonse Persico collectionne les sociétés financières bidon et multiplie les coups de pump and dump, plumant ainsi les boursicoteurs de millions de dollars. Les familles Gambino, Lucchese et DeCalvacante ont vite fait de l'imiter. Mais, en octobre 1999, Albert A. Chalem et Meyer Lehmann, deux employés de Westfield Securities Inc., société boursière contrôlée par Salvatore Mazzeo (associé de la famille DeCavalcante) sont assassinés dans le New Jersey. Le FBI entames alors une enquête nommée "Mob on Wall Street" (mafia sur Wall Street), qui aboutira en juin 2001 à l'interpellation de 120 mafieux, associés et complices. L'escroquerie se situe au total entre 40 et 50 millions de dollars.

# Posté le mercredi 03 mai 2006 05:19

Modifié le mercredi 07 novembre 2007 06:19

La Cosa Nostra et la finance

La Cosa Nostra et la finance
La mafia italo-américaine ne recrute pas dans les universités prestigieuses, les business schools, et autres écoles de sciences politiques, au contraire. Elle rassemble des individus brutaux et grossiers, qui n'ont pas dépasser la primaire, pour certains quasi illettrés. Cet attristant manque d'éducation et de bonnes manières n'a pas empêché la mafia de faire preuve d'un véritable génie de management. Pas une occasion manquée, pas un marché convoité qu'elle n'ait ensuite efficacement structuré à son profit. La mafia a même mis au point des arnaques dignes de grands financiers.
Pour la Cosa Nostra italo-américaine, le monde financier américain et, d'abord, la bourse de New York sont de vieilles connaissances :
Dès les années 50, la famille Gambino dispose d'un "ambassadeur" à Wall Street* ; le capo Carmine "the Doctor" Lombardozzi.
Son surnom lui vient du fait qu'il fournissait en héroïne ou en cocaïne des employés de Wall Street toxicomanes- avant de les manipuler pour des escroqueries. Lombardozzi prêtait de l'argent aussi (à taux usuraire) à d'autres employés, joueurs compulsifs (poker, courses, etc.) également pour les faire chanter puis infiltrer des sociétés financières légitimes. La méthode sert toujours : exploitation des vices humains, intimidation, menaces, et, si besoin est, violence physique, sont depuis toujours les armes de la mafia- à la bourse comme ailleurs. Avec des résultats efficaces.
Dans les années 60, John "Sonny" Franzese, alors sous-chef de la famille Colombo, monte avec son neveu Joseph "Joey" Franzese une importante escroquerie aux dépends de la société de bourse Dean & Co. A la fin de la même décennie, John "Johnny Dio" Dioguardi (un soldat des Lucchese), Carmine "Mr. Gribbs" Tramunti (capo des Lucchese) et Vincenzo "Vinnie" Aloi (capo des Colombo) pillent la société financière J.M Kelsey & Co. A la fin des années 70, Charles "Charlie the Blade" Tourine (soldat des Genovese), Santo Trafficante Jr. (parrain de la famille de Tampa, Floride) et Matthew "Matty the horse" Ianello escroquent la société boursière Crown Colony Option Ltd.
Dans les années 80, les enquêtes suivant l'énorme scandale financier des Caisses d'épargne américaines** révèlent l'implication de membres des familles mafieuses des Lucchese (New York), Civella (Kansas City) et Marcello (Nouvelle-Orléans). A la fin des années 80, Vincent LoScalzo et Salvatore "Sam" Carollo, deux mafiosi de la famille de Tampa, s'associe pour monter, à partir de la Floride, toute une série d'escroqueries.
Avec la décennie 90 arrivent la folie boursière et Internet. Les familles de New York et du New Jersey prennent vite le train en marche. Avec un unique procédé : acheter des actions au prix bas, faire frauduleusement monter le cours de ces actions (rumeurs, achats fictifs, menaces sur des courtiers, etc.) au plus haut ; revendre alors ses propres titres. Laisser ensuite le cours s'effondrer, et enfin, laisser les boursicoteurs pleurer leur ruine. A Wall Street, cette méthode s'appelle pump and dump.



* Les locaux du New York Stock Exchange, la plus importante bourse des États-Unis, sont situés à Wall Street, Manhattan, New York.

**Lors des années 80, les États-Unis ont connu le krack financier de leurs caisses d'épargne, nommées Savings & Loans. Ce fut la plus grande débâcle bancaire en Amérique depuis la Grande Dépression. L'Amérique a découvert que la faillite des caisses d'épargnes était en réalité totalement frauduleuse, orchestrées par des businessmen douteux, proches d'éminents politiciens. Ces businessmen furent associés avec la Cosa Nostra dans cette affaire. La ruse consistait à détourner les fonds des caisses d'épargnes et se les empocher.

# Posté le mercredi 03 mai 2006 05:27

Modifié le mercredi 07 novembre 2007 06:19

La pornographie, avenir radieux de la Mafia

La pornographie, avenir radieux de la Mafia
Dans les années 90, les familles mafieuses investissent les clubs de strip-tease. Parmi ceux-ci, le Gold club à Atlanta, le Bedrox à New York et le Boca à Boca Raton, Floride. Les trois clubs appartenaient à Steven Kaplan, un associé des capi de la famille Gambino Natale Richichi, de son fils Salvatore Richichi, et de l'ancien capo devenu informateur Michael "Mickey Scars" DiLeonardo. Dans le cas des clubs de Kaplan, le procureur Richard Deane déclare que « des millions de dollars ont été détourné de la comptabilité du club pour être fournis, en espèces, à la famille Gambino. »
En février 2002, Kenneth Guarino, star de la production pornographique et patron d'une chaîne de sex-shops, est condamné pour avoir versé (à raison de 15 000 dollars par mois) 1,7 millions de dollars à Natale Richichi (capo de la famille Gambino), pour bénéficier de sa protection.
Au 21ème siècle, la mainmise de la Cosa Nostra sur l'industrie porno se maintient : en Californie, en 2002, le gros de la production passe encore par l'entreprise de Joseph Albinanti (associé de la famille Lucchese de New York), lui-même associé à deux des fils d'Anthony "Ripes" Civella, chef de la famille de Kansas City.
La police de Los Angeles décrit également Vinnie "the duplicator" De Stefano, Michael Esposito (directeur de la société de production pornographique "Mystic") et "Big Tony" Spadaso (directeur de la société de production pornographique "Legend") comme des "amis proches" de Pete Milano, chef de la famille de Los Angeles.
La lutte contre l'obscénité étant aux États-Unis un thème plutôt républicain, ni le démocrate Clinton ni son ministre de la justice n'ont, durant huit ans de pouvoir, vraiment inquiété le porno business ni vraiment ciblé les mafiosi dans l'affaire, ils se sont borner à réprimer la porno-pédophilie et, pour le reste, ils ont laissé se faire la déségrégation du porno. Résultat : les librairies spécialisées, les cinémas X, les sex-shops, les vidéos clubs, les sites Internet et les chaînes câblées consacrées à la pornographie ont prospérés sous l'administration Clinton (1992-2000) : 1000 films porno tournés en 1992 et... 10 000 tournés en l'an 2000.

# Posté le jeudi 04 mai 2006 07:12

Modifié le mercredi 07 novembre 2007 06:19