On compte, en 2004, à peu près 190 "familles" mafieuses en Sicile (approximativement 5 200 membres), dont 89 dans la province de Palerme. Chacune d'entre elles est indissociablement liée à une borgata (bourgade), à un territoire. Là se trouve son terreau, sous forme d'un dense réseau de relations et d'amis. C'est dans sa borgata que la famille mafieuse recrute. Concrètement : l'agglomération de Palerme (ville, banlieues et bourgs satellites), compte 3 200 hommes d'honneur. Si la moyenne de leurs relations personnelles est d'environ 50 personnes, l'assise mafieuse locale est de 160 000 individus. Les Familles se concentrent essentiellement dans la partie occidentale de l'île. Hier comme aujourd'hui, qui commande Palerme commande l'île. Et aussi au-delà. Il arrive en effet que des membres d'une Famille quittent la Sicile. Le droit de constituer sur place, à l'étranger, une nouvelle équipe (decina : dizaine) et plus rarement une nouvelle Famille peut leur être reconnu. Cependant, même après plusieurs générations, cette Famille où cette équipe reste subordonnée hiérarchiquement à sa Famille d'origine. Ainsi, les initiés présents aujourd'hui encore dans la partie néerlandaise de l'île Saint-Martin (Antilles) dépendent toujours de la Famille Benedeto Santapaola de Catane (Sicile). Une Commission interprovinciale (souvent appelée cupola par la police) regroupe les représentants (capomandamenti) des Familles de toute l'île et sert de sorte d'exécutif régulant les conflits. Il existe également une Commission spécifique pour les seules Familles de Palerme depuis 1957.
Pour entrer dans la Cosa Nostra il faut absolument être sicilien de père et de mère, de sexe masculin et catholique. Ensuite, les interdits formels. Ne sont admis ni :
- les fils de policiers et de magistrats,
- les fils illégitimes, ou de parents divorcés, ou même séparés,
- les fils, ou frères, de femmes "légères",
- les communistes ou fils de militants communistes,
- les homosexuels,
- les fils d'hommes d'honneur tués par la mafia (le voeu de vérité entre hommes d'honneur leur révélerait le nom de l'assassin de leur père, et déclencherait des vendettas sans fin).
Au moment de son initiation, le nouveau se voit édicter le code d'honneur suivant :
- Ne pas courtiser les femmes d'autres hommes d'honneur,
- Ne pas voler, ne pas se livrer au proxénétisme,
- Ne pas tuer d'autres hommes d'honneur, sauf ordre exprès et motivé,
- Ne jamais évoquer Cosa Nostra devant des "civils",
- Ne jamais se présenter soi-même comme homme d'honneur, même à d'autres hommes d'honneur,
- Respecter l'omertà (la loi du silence).
Cosa Nostra tire l'essentiel de ses revenus du racket d'entreprises diverses et de la "protection" (le pizzo) des commerces accueillant du public (bars, casinos, dancings, etc...), des marchés public truqués, du trafic d'armes (parfois même des armes nucléaires, ou encore des armes bactériologiques) et de drogues (en particulier de l'héroïne), de la fraudes aux subventions agricoles européennes (huiles, viandes et agrumes). Il sont aussi impliqués dans d'autres activités tels que l'organisation et le contrôle de commerces rentables, illégaux ou légaux, dans le commerce hors taxe (alcool, tabac, contrefaçon, piraterie cinématographique et piraterie musicale, trafic de voitures volées, absorption de procédures publiques), dans la corruption (adjudications truquées, monopoles de certains services publics - parfois en liaison avec des syndicats ouvriers), le trafic des déchets ( la Cosa Nostra est soupçonnée de se prêter clandestinement à l'enfouissement maritime ou terrestre de déchets toxiques moyennant rémunération ; l'association environnementale italienne indépendante Legambiente estime que cela aurait rapporté aux 4 mafias Italiennes 13 milliards d'Euros en 1999...), dans la criminalité en col blanc (corruption, fausses factures, manipulation d'argent électronique, fausse monnaie, blanchiment d'argent, paradis fiscaux crimes et délits financiers), dans le trafic d'animaux protégés, dans le trafic de médicaments, dans le contrôle du jeu ( paris parallèles sur le football, etc.), dans le trafic d'oeuvres d'art volées. Son chiffre d'affaire annuel est estimé à plusieurs centaines de milliards d'euros. Un exemple flagrant de détournements de fonds, l'obtention de subventions et de prêts pour la construction d'hôpitaux et de cliniques fantômes, qui est une grande spécialité sicilienne. Sur les 134 hôpitaux fantômes identifiés en 2000 par une commission parlementaire italienne (10), pas moins de 50 établissements de ce type étaient fictivement domiciliés en Sicile. Le montant global des détournements de fonds relatifs à ces hôpitaux s'élèverait pour la Sicile à environ 2 milliards d'Euros. Un enquête en 1999 mettra en évidence l'implication d'une dizaine d'excellences (personaggi eccellenti), les soutiens de la Mafia dans la classe politique et la société civile. En dehors de la Sicile, elle est présente dans le nord de l'Italie, en Europe (Allemagne*, France, Grande-Bretagne, Belgique, Espagne), en Russie, aux Etats unis, en Afrique (Afrique du sud, Angola, etc.), en Amérique latine (Argentine, Bolivie, Brésil, Venezuela, Uruguay, Panama, Costa Rica, etc.), dans les Caraïbes et les Antilles néerlandaises (Saint-Martin).
On pense que depuis l'arrestation du capo di tutti capi Bernardo Provenzano, le mardi 11 avril à Corleone, au terme d'une cavale de 42 ans,, deux mafiosi peuvent être chefs de la Cosa Nostra. Le premier, Matteo Messina Denaro, 46 ans, chef de la province de Trapani, à l'extrême nord-ouest de la Sicile, demeure un « outsider » car il n'est pas originaire de la capitale Palerme et semble trop jeune pour prendre les commandes. Matteo Messina Denaro appartient à une autre génération de mafieux. L'une de ses rares photos montre un jeune homme en col ouvert avec une veste Armani, le regard caché derrière les verres de ses Ray-Ban. Né à CastelVetrano, près de Trapani, à l'ouest de la Sicile, Matteo Messina Denaro est le fils du parrain local, Don Ciccio. Sa jeunesse dorée se déroule dans le luxe et la violence. Il y a d'un côté les Porsche, les filles et les lourdes montres en or. Et de l'autre, une cinquantaine d'assassinats, le premier commis alors qu'il est à peine âgé de 18 ans. Matteo Messina Denaro fait trés tôt fortune dans le trafic de drogue, et noue des contacts avec les narcotrafiquants colombiens.
Le second, Salvatore Lo Piccolo, 63 ans, a davantage de qualités pour succéder à Provenzano car il est le plus puissant à Palerme et partage la ligne actuelle de l'organisation. Il est plus discret que Matteo Messina Denaro, entretien des bonnes relations avec les Familles italo-américaines et avec Provenzano.
Organisation traditionnelle de la Cosa Nostra sicilienne-
Capo interprovinciale ou capi dei capi
Commissione interprovinciale
Capo commisione-commisione (des provinces d'Agrigente, Caltanissetta, Catane, Trapani et Palerme)
Capo mandamento-mandamento (3 familles)
Capo famiglia-famiglia
Vice capo, Consigliere, Reggente
Capodecina
Soldati
*En Allemagne, la présence de Cosa Nostra semble profonde. Ainsi, dans les seules régions de Basse-Saxe et de Rhénanie-Westphalie, 142 pizzerias et hôtels ont brûlé pour la seule année 1991. Le BKA (police criminelle fédérale) attribua ces attentats à Cosa Nostra.



